Sur la notion de l’élite par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Février 1936

Nous avons eu déjà bien souvent l’occasion de signaler les abus de langage qui sont caractéristiques de notre époque, et qui sont parmi las symptômes les plus nets du désordre et de la confusion qui règnent partout: il semble parfois que les mots aient complètement perdu leur sens, tellement ils sont employés de la façon la plus courante, dans des acceptions qui n’ont plus rien de commun avec ce qu’ils devraient normalement signifier. C’est d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours de revenir le plus possible au sens originel, car c’est là, en somme, le seul moyen de redonner au langage l’exactitude et la précision dont il est susceptible; mais nous reconnaissons que, comme tout ce qui va à l’encontre de certaines habitudes, cela ne peut se faire sans quelques précautions, et qu’il faut toujours, en pareil cas, donner toutes les explications nécessaires pour éviter des méprises plus ou moins fâcheuses.

 

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La prière et l’incantation par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

Bien qu’on entende le plus souvent, dans le langage courant, le mot « prière » dans un sens très vague, et qu’on le prenne même comme synonyme du terme d’« oraison » dans toute sa généralité, nous pensons qu’il convient de lui garder ou de lui rendre la signification beaucoup plus spéciale et restreinte qu’il tient de son étymologie même, car « prière » signifie proprement et exclusivement « demande » et ne peut sans abus être employé pour désigner autre chose[1]. Partant de là on doit établir une distinction très nette entre la prière et ce que nous appellerons l’ « incantation », employant ce terme à défaut d’un autre plus précis qui manque aux langues occidentales, et nous réservant de le définir exactement par la suite.

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Éliade et Schmitt se rencontrent

La fin des années 30 et le début des années 40 est une époque intéressante et mouvementée quant aux perspectives intellectuels. Carl Schmitt connaissait (entre autres) Ernst Junger, Mircea Eliade et René Guénon, ces deux derniers connaissaient Julius Evola, Corneliu Codreanu et Guido di Giorgio. Une foule de correspondance existe entre ces différentes personnalités sur des sujets nombreux, tels la métaphysique, la philosophie, l’ethnologie, le politique, ainsi de suite.

 

Voici un extrait issu du Journal portugais d’Éliade sur une rencontre avec Carl Schmitt.

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Guénon: la trajectoire de sa vie

Pour ceux qui recherchent des indices d’une tradition initiatique en Occident, il est utile de suivre le chemin tracé par René Guenon. Nous pouvons laisser de côté toutes les rumeurs ou allégations, comme une mystérieuse initiation hindoue ou soufie. Son propre parcours parle par lui-même et il est absurde de le considérer comme une sorte de chimère. Les chemins qu’il a effectivement suivis sont ce qui compte, pas les chemins qu’il a « pu » étudier. Parmi les premiers qu’il a parcouru, il y en a trois que nous allons mentionnés.

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Un éclaircissement sur l’individualisme

Tout comme le matérialisme, l’individualisme nous semble être incompris par nos contemporains, il est trop souvent confondu avec l’égoïsme ou l’égocentrisme. Si l’individualisme est mal compris, c’est probablement dû au fait qu’il est un produit de notre époque et était beaucoup moins omniprésent dans des sociétés possédant un exotérisme provenant d’une tradition légitime. Ayant perdu la connaissance du sacré il est évidemment difficile pour nous d’imaginer qu’il peut exister quoi que ce soit de supérieur à l’homme. Voyons ce que René Guénon a écrit sur le sujet :

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Un éclaircissement sur le matérialisme

Il nous semble que le matérialisme est fort incompris par nos contemporains. En effet, si nous affirmons que les modernes sont matérialistes beaucoup nous répondront qu’il y a de plus en plus de gens qui sont conscients de ce fait et pratique un style de vie que nous qualifions parfois par la « simplicité volontaire »; or ceci signifie seulement qu’une personne pratique un mode de vie plus « économe » et est simplement une manière d’aborder le matérialisme.

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