La terre du soleil par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

            Parmi les localités, souvent difficiles à identifier, qui jouent un rôle dans la légende du Saint Graal, certain attachent une importance toute spéciale à Glastonbury, qui serait le lieu où s’établit Joseph d’Arimathie après sa venue en Grande-Bretagne, et où l’on a voulu voir beaucoup d’autres choses encore, comme nous le dirons par la suite. Sans doute, il y a là des assimilations plus ou moins contestables, et dont certaines paraissent impliquer de véritables confusions ; mais il se peut cependant qu’il y ait, à ces confusions mêmes, quelques raisons qui ne soient pas dépourvues d’intérêt au point de vue de la « géographie sacrée » et des localisations successives de certains centres traditionnels. C’est ce que tendraient à indiquer les singulières découvertes exposées dans un ouvrage anonyme publie récemment[1], dont certains points appelleraient peut-être des réserves, par exemple en ce qui concerne l’interprétation de noms de lieux dont, plus vraisemblablement, l’origine est assez récente, mais dont la partie essentielle, avec les cartes qui l’appuient, pourrait difficilement être considérée comme purement fantaisiste. Glastonbury et la région avoisinante du Somerset auraient constitué, à une époque fort reculée et qui peut être dite « préhistorique », un immense « temple stellaire », déterminé par le tracé sur le sol d’effigies gigantesques représentant les constellations et disposées en une figure circulaire qui est comme une image de la voûte céleste projetée sur la surface de la terre. Il y aurait là un ensemble de travaux qui rappelleraient en somme ceux des anciens mound-builders de l’Amérique du Nord ; la disposition naturelle des rivières et des collines aurait d’ailleurs pu suggérer ce tracé, ce qui indiquerait que l’emplacement ne fut pas choisi arbitrairement, mais bien en vertu d’une certaine « prédétermination » ; il n’en est pas moins vrai qu’il fallut, pour compléter et parfaire le dessin, ce que l’auteur appelle « un art fondé sur les principes de la Géométrie »[2]. Si ces figures ont pu se conserver de façon à être encore reconnaissables de nos jours, c’est, suppose-t-on, que les moines de Glastonbury, jusqu’à l’époque de la Réforme, les entretinrent soigneusement, ce qui implique qu’ils devaient avoir gardé la connaissance de la tradition héritée de leurs lointains prédécesseurs, les Druides et sans doute d’autres encore avant ceux-ci, car, si les déductions tirées de la position des constellations représentées sont exactes, l’origine de ces figures remonterait à près de trois mille ans avant l’ère chrétienne[3].

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Les fleurs symboliques par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » d’avril 1936             L’usage des fleurs dans le symbolisme est, comme on le sait, très répandu et se retrouve dans la plupart des traditions ; il est aussi très complexe, et notre intention ne peut être ici que d’en indiquer quelques-unes des significations les plus générales. Il est évident en effet que, suivant que telle ou telle fleur … Continuer de lire Les fleurs symboliques par René Guénon