Des qualifications initiatiques (2e partie) par René Guénon

1er Partie

Article paru dans « Études Traditionnelles » de mai 1936

Après les considérations d’ordre général que nous avons exposées dans la première partie de cette étude, il nous faudrait, pour préciser d’avantage, donner des exemples bien définis des conditions requises pour l’accession à telle ou telle forme initiatique, et en montrer dans chaque cas la véritable signification ; mais un tel exposé, quand il doit s’adresser à des Occidentaux, est rendu fort difficile par le fait que ceux-ci ne connaissent qu’un nombre extrêmement restreint de ces formes initiatiques, et que des références à toutes les autres risqueraient de rester entièrement incomprises. Encore tout ce qui subsiste en Occident des anciennes organisations de cet ordre est-il bien amoindri à tous égards et il est aisé de s’en rendre compte plus spécialement en ce qui concerne la question même dont il s’agit présentement : si certaines qualifications y sont encore exigées, c’est bien plutôt par la force de l’habitude que par une compréhension quelconque de leur raison d’être ; et, dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner s’il arrive parfois que des membres de ces organisations protestent contre le maintien de ces qualifications, où leur ignorance ne voit qu’une sorte de vestige historique, un reste d’un état de choses disparu depuis longtemps, en un mot un « anachronisme » pur et simple. Cependant, comme on est bien obligé de prendre pour point de départ ce qu’on a le plus immédiatement à sa disposition, cela même peut fournir l’occasion de quelques indications qui, malgré tout, ne sont pas sans intérêt, et qui, bien qu’ayant surtout à nos yeux le caractère de simples « illustrations », n’en sont pas moins susceptibles de donner lieu à des réflexions d’une application plus étendue qu’il ne pourrait le sembler au premier abord.

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Des qualifications initiatiques par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » d’avril 1936

Il nous est souvent arrivé, au cours de nos précédents articles, de faire allusion aux qualifications initiatiques, et, de divers côtés, on nous a posé de nombreuses questions à ce sujet; à vrai dire, il n’est guère possible de prétendre le traiter d’une façon complète, mais du moins pouvons-nous y apporter quelques éclaircissements. Et, tout d’abord, il doit être bien entendu que ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité; en effet, s’il n’y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n’y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu’il y ait lieu de faire la moindre exception; mais la question se présente tout autrement par le fait que l’individualité doit nécessairement être prise comme moyen et comme support de la réalisation initiatique; il faut par conséquent qu’elle possède les aptitudes requises pour jouer ce rôle, et tel n’est pas toujours le cas. L’individualité n’est ici, si l’on veut, que l’instrument de l’être véritable; mais, si cet instrument présente certains défauts, il peut être plus ou moins complètement inutilisable, ou même l’être tout à fait pour ce dont il s’agit. Il n’y a d’ailleurs là rien dont on doive s’étonner, si l’on réfléchit seulement que, même dans l’ordre des activités profanes, ce qui est possible à l’un ne l’est pas à l’autre, et que, par exemple, l’exercice de tel ou tel métier exige certaines aptitudes spéciales, mentales et corporelles tout à la fois. La différence essentielle est que, dans ce cas, il s’agit d’une activité qui relève tout entière du domaine individuel, qui ne le dépasse en aucun façon ni sous aucun rapport, tandis que, en ce qui concerne l’initiation, le résultat à atteindre est au contraire au delà des limites de l’individualité ; mais, encore une fois, celle-ci n’en doit pas moins être prise comme point de départ, et c’est là une condition à laquelle il est impossible de se soustraire.

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Ed-Dîn par Frithjof Schuon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Mars 1936

A Seyidî Muhammad Djamâl ed-Dîn.

I

Le mot arabe dîn[1] désigne l’ensemble de tout ce que la tradition peut comporter, c’est-à-dire tout ce qui est impliqué dans les trois éléments constitutifs et fondamentaux de la tradition intégrale, à savoir : premièrement la doctrine qui est la base et le point de départ de la réalisation spirituelle ; deuxièmement la méthode de cette réalisation ; et troisièmement l’influence spirituelle qui en est la condition. Si nous nous plaçons au point de vue de la réalisation spirituelle au sens rigoureux du terme, donc au point de vue de la réalisation totale qui est d’ordre initiatique, le dîn sera la tradition envisagée intégralement sous le rapport de cette réalisation ; et comme, au fond, tout élément traditionnel reste rattaché, si indirectement et lointainement que ce soit, à ce qui constitue l’essence même de la tradition, et qui est proprement initiatique, on peut considérer même les applications sociales de cette dernière comme des éléments, très secondaires sans doute, mais néanmoins réels, de la méthode initiatique, et l’on peut entendre par le mot dîn la tradition intégrale en tant que « support » initiatique. Lorsque nous parlerons de doctrine, de méthode et d’influence spirituelle, ce ne seront donc pas exclusivement les théories et les rites ou pratiques directement initiatiques, ou initiatiques par définition, que nous aurons en vue, mais aussi la doctrine et le rituel traditionnel envisagés d’une manière intégrale, mais spécialement sous le rapport de leur essence et de leur portée initiatique.

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De la hiérarchie initiatique par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Mars 1936

L’allusion que nous faisions à la hiérarchie initiatique, en parlant de la notion de « l’élite » comme susceptible, outre son sens général, d’être envisagée à plusieurs degrés différents, a besoin d’être encore précisée à certains égards, car il se produit à ce sujet de fréquentes confusions, non seulement dans le monde purement profane, ce dont il n’y aurait pas lieu de s’étonner, mais même parmi ceux qui, à un titre ou à un autre, devraient normalement être plus instruits de ce dont il s’agit. Il semble d’ailleurs que toute idée de hiérarchie, même en dehors du domaine initiatique, soit particulièrement obscurcie à notre époque, et qu’elle soit une de celles contre lesquelles s’acharnent plus spécialement les négations de l’esprit moderne, ce qui, à vrai dire, est bien conforme au caractère antitraditionnel de celui-ci, caractère dont l’ « égalitarisme » sous toutes ses formes représente en somme simplement un des aspects. Il n’en est pas moins étrange de voir cet « égalitarisme » admis et proclamé même par des membres d’organisations initiatiques qui, si amoindries ou déviées qu’elles puissent être à bien des points de vue, conservent pourtant forcément toujours une certaine constitution hiérarchique, faute de quoi elles ne pourraient subsister en aucune façon ; il y a là évidemment quelque chose de paradoxal, et même de contradictoire, qui ne peut s’expliquer que par l’extrême désordre qui règne partout actuellement. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’y insister davantage ici, car il est bien clair que ce n’est pas à ceux qui nient de parti pris toute hiérarchie que nous pouvons songer à nous adresser; ce que nous voulions dire, c’est que, dans ces conditions, il n’est pas étonnant que cette idée soit parfois plus ou moins mal comprise par ceux mêmes qui l’admettent encore, et qu’il leur arrive de se méprendre sur les différentes applications qu’il convient d’en faire.

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Quelques aspects du symbolisme du poisson par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Février 1936

Le symbolisme du poisson, qui se rencontre dans de nombreuses formes traditionnelles, y compris le Christianisme, est fort complexe et présente de multiples aspects qui demandent à être distingués avec précision. Pour ce qui est des origines premières de ce symbole, il semble qu’il faille lui reconnaître une provenance nordique, voire même hyperboréenne; on a signalé en effet sa présence en Allemagne du Nord et en Scandinavie[1], et, dans ces régions, il est vraisemblablement plus près de son point de départ que dans l’Asie centrale, où il fut sans doute apporté par le grand courant qui, issu directement de la Tradition primordiale, devait ensuite donner naissance aux doctrines de l’Inde et de la Perse. Il est d’ailleurs à noter que, d’une façon générale, certains animaux aquatiques jouent surtout un rôle dans le symbolisme des peuples du Nord; nous en citerons seulement comme exemple le poulpe, particulièrement répandu chez les Scandinaves et chez les Celtes, et qui se retrouve aussi dans la Grèce archaïque, comme un des principaux motifs de l’ornementation mycénienne[2].

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Sur la notion de l’élite par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Février 1936

Nous avons eu déjà bien souvent l’occasion de signaler les abus de langage qui sont caractéristiques de notre époque, et qui sont parmi las symptômes les plus nets du désordre et de la confusion qui règnent partout: il semble parfois que les mots aient complètement perdu leur sens, tellement ils sont employés de la façon la plus courante, dans des acceptions qui n’ont plus rien de commun avec ce qu’ils devraient normalement signifier. C’est d’ailleurs pourquoi nous nous efforçons toujours de revenir le plus possible au sens originel, car c’est là, en somme, le seul moyen de redonner au langage l’exactitude et la précision dont il est susceptible; mais nous reconnaissons que, comme tout ce qui va à l’encontre de certaines habitudes, cela ne peut se faire sans quelques précautions, et qu’il faut toujours, en pareil cas, donner toutes les explications nécessaires pour éviter des méprises plus ou moins fâcheuses.

 

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