Le désespoir de la modernité – Ce n’est peut-être pas complètement mauvais

15 janvier 2018 – Père Stephen Freeman

Il est de commun usage chez les Pères de décrire le désespoir et la tristesse comme les conséquences de ne pouvoir combler nos désirs. L’affirmation peut sembler simpliste, mais elle pointe directement au cœur de notre tristesse. Il y a une mélancolie à notre époque qui naît de nos attentes par rapport à la modernité. Le mantra du progrès et le fait de croire qu’il existe toujours une solution aux problèmes auxquelles nous faisons face sont des terreaux fertiles au désespoir moderne.

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La descente dans l’Hadès

Charles Williams, un des membres du cercle d’amis de C.S. Lewis, a écrit un livre s’intitulant : « La descente en Enfer. »  Nous y retrouvons la chronique d’une lente et inexorable damnation d’une âme, les choix qui sont faits et ne sont pas faits – une chronique qui porte plus sur l’ennui spirituel que sur une rébellion volontaire – c’est un roman qui donne à réfléchir.

Il y a une compréhension de l’enfer qui va bien au-delà du lac de feu brûlant typique de la Géhenne. Ces images, bien que Biblique, ne nous décrivent pas toujours pleinement le caractère existentiel de l’enfer. Il est donc commun de nos jours nous représenter l’enfer comme nous nous représentons le paradis – comme une alternative à laquelle nous faisons face dans la vie après la mort. Aucune de ces alternatives n’est considérée au présent ou ayant un lien quelconque avec la vie de tous les jours autrement que comme une éventuelle conséquence.

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La beauté de la vérité et l’existence de Dieu

Quel est le critère de la droiture d’une vie ? La beauté. – Père Pavel Florensky

C’est notre habitude de penser la Vérité comme, plus ou moins, une description correcte ou une déclaration correcte. En tant que telle, la beauté appartient à un autre domaine de la pensée. La beauté ne peut être « correcte » ou « incorrecte ».

Dans la pensée orthodoxe, la Vérité est comprise comme une question d’être (elle est ontologique). Si quelque chose est vrai, alors il a l’être vrai, l’existence vraie. Ainsi, les choses imaginaires peuvent être décrites de plusieurs façons, mais jamais comme « vraies ». L’existence vraie ou réelle n’est qu’une partie de l’explication. Car c’est Dieu seul qui possède l’être véritable (« le seul Dieu véritablement existant » selon les paroles de saint Basile le Grand). La vraie existence des choses créées est relative à l’être de Dieu. C’est Dieu qui crée et établit toutes choses et soutient toutes choses dans leur existence (aucune chose créée n’a d’existence en soi). L’être véritable (ou la Vérité) est une existence qui est selon la volonté de Dieu – selon une relation juste avec le Seul Vraiment Existant.

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La Beauté Salvatrice

« Dieu va sauver le Monde par la Beauté »

Cette phrase, souvent attribuée à Fédor Dostoïevski, ne se retrouve jamais sous cette forme précise dans ses romans – mais l’idée y est présente de manière si forte qu’elle lui est attribuée en toute légitimité. C’est une phrase qui peut être facilement mal interprétée. Pour Dostoïevski, à la manière Orthodoxe, la beauté est bien plus qu’esthétique – elle est la bonté de la création elle-même.

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La moralité de Noël

La moralité est une affaire très délicate dans une société extrêmement « moralisatrice ». Je prie mes lecteurs d’avoir de la patience avec moi alors que je tente d’expliquer ce que je pense être le problème. Tout d’abord, je noterai que la morale est tout ce qui reste quand les motifs les plus fondamentaux d’une culture ont été détruits. Nous vivons en effet dans un tel temps, d’où la montée d’une véhémence dans la vie morale. Deuxièmement, je vais suggérer qu’en tant que Chrétien, ce que nous cherchons à accomplir, c’est d’être de moins en moins moraux afin de plutôt ancrer nos vies dans ce qui est – tout cela exige une explication.

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Un savoir terrible

La mythologie grecque a fait de la curiosité de Pandore la cause première de la souffrance dans le monde. Elle ne peut résister à l’attrait de découvrir ce qui se trouve dans une boîte qu’on lui dit de laisser fermée. En ouvrant la boîte, elle libère la douleur et la souffrance dans le monde. Nous, les humains, sommes une espèce curieuse. Nous voulons tout savoir sur nos activités et beaucoup sur ce qui n’est pas notre affaire. Dans un monde qui a profondément intériorisé la notion que tout est une démocratie, nous ne pouvons supporter d’entendre que ce n’est pas tout le savoir et la connaissance qui nous sont destinés.

Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu’au troisième ciel; si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait. (2 Co 12: 3-4)

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Le Dieu matériel

Dans mon article précédent[1], j’ai utilisé l’exemple du savoir kinesthésique (comme dans la bicyclette) comme moyen de décrire l’expérience noétique, le moyen de connaître Dieu par la communion avec Lui. Il est intéressant de noter que l’exemple est assez matériel et banal. Ce n’est pas une méditation ésotérique, exotique ou technique. C’est si simple que nous le savons sans savoir que nous le savons. Comme je tape cet article, mes doigts « savent » comment épeler des mots. Je l’ai découvert récemment alors que j’étais assis avec un crayon pour écrire quelque chose (une méthode rare pour moi maintenant), et que j’avais du mal à épeler certains mots. En même temps, je me suis rendu compte que je pouvais dactylographier exactement les mêmes mots sans difficulté. Mes doigts connaissent et se souviennent des choses avec lesquelles mon esprit conscient lutte.

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