Le Dieu matériel

Dans mon article précédent[1], j’ai utilisé l’exemple du savoir kinesthésique (comme dans la bicyclette) comme moyen de décrire l’expérience noétique, le moyen de connaître Dieu par la communion avec Lui. Il est intéressant de noter que l’exemple est assez matériel et banal. Ce n’est pas une méditation ésotérique, exotique ou technique. C’est si simple que nous le savons sans savoir que nous le savons. Comme je tape cet article, mes doigts « savent » comment épeler des mots. Je l’ai découvert récemment alors que j’étais assis avec un crayon pour écrire quelque chose (une méthode rare pour moi maintenant), et que j’avais du mal à épeler certains mots. En même temps, je me suis rendu compte que je pouvais dactylographier exactement les mêmes mots sans difficulté. Mes doigts connaissent et se souviennent des choses avec lesquelles mon esprit conscient lutte.

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Un savoir salvifique

J’ai souvent utilisé l’exemple de la bicyclette comme une image pour connaître Dieu. Il n’y a aucune difficulté à apprendre à rouler si cela ne vous dérange pas de tomber pendant un moment. Mais peu importe combien d’années vous avez monté, vous ne pouvez pas décrire en mots, pour quelqu’un d’autre, comment vous savez ce que vous savez par rapport à cette activité. Mais vous le savez. Je soupçonne également que si vous pensiez trop à la bicyclette pendant que vous la montée, vous pourriez gâcher votre concentration et tomber.

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Les contradictions de l’Écriture

Nous pouvons, cependant, seulement exprimer la Vérité que si nous y voyons l’extrême expression de toutes les contradictions qui en découlent, d’où il suit que la Vérité elle-même englobe la projection ultime de toutes ses invalidations, est antonymique et ne peut être autrement.
-Pavel Florensky

 

J’ai écrit dans un article précédent sur l’importance des contradictions dans la connaissance de Dieu. La foi orthodoxe se réjouit totalement du paradoxe et de la contradiction et assène facilement son langage d’adoration avec des expressions antonymiques choquantes. Ceci est intentionnel et inhérent à la nature du genre de connaissance (koinonia) qui seul est une « connaissance salvatrice ». Se rappeler cela est important quand nous arrivons à l’étude des Écritures. Sans doute, la pratique la plus dévastatrice à l’égard des Écritures est de les débarrasser de ses contradictions. Aujourd’hui, cela se fait régulièrement à partir d’un certain nombre de sources. Apparemment, les êtres humains n’aiment pas la contradiction et ont un instinct passionné pour les minimiser. Cette diminution de la raison est appelée par plusieurs noms – certains d’entre eux étant si audacieux pour prétendre que c’est la raison elle-même. Ce ne l’est pas. La vraie raison est à l’aise avec la contradiction.

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Dans sa compassion

Parmi les plus grands mystères du Nouveau Testament sont ceux qui entourent la Mère de Dieu. Un grand segment du christianisme moderne est devenu sourd à ce sujet, résultat de siècles d’antagonisme envers certains aspects de l’ancienne tradition. C’est une surdité qui me fait mal au cœur, principalement parce qu’elle représente un grand fossé dans une plus large expérience de la foi. Quelques années après ma réception dans l’église orthodoxe, un ami de mon passé anglican m’a demandé si je pensais parfois à revenir. Il n’avait aucune idée de l’étrangeté de cette pensée pour moi. Mais dans mon esprit, la première pensée était l’absence de Marie. Je pense avoir dit quelque chose à l’effet que je ne pourrais jamais envisager de quitter « ma mère ».

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Un homme vertueux

La vertu n’est pas un mot commun dans notre culture. Il semble même un peu « antique ». Pour certains, il a très peu de sens, ou un sens très éloigné de son sens originel. Cependant, dans la tradition chrétienne, il y a une très longue histoire de l’étude de la vertu. Jusqu’à la Réforme protestante, les pensées sur ce qu’était le « bien » et ce que cela signifiait pour une personne de poursuivre le « bien », étaient presque exclusivement pensées en termes de vertu. Ces dernières années, il y a eu une renaissance dans l’étude de la vertu, menée en particulier par des théologiens tels que Stanley Hauerwas et d’autres. J’ai étudié sous Hauerwas à Duke dans les années 80. Cela m’a profondément impressionné et a depuis marqué ma compréhension de ce que signifie une « bonne personne ».

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L’absence comme mode de présence

L’absence comme mode de présence: la résurrection et l’exaltation du Christ.

[Ce texte est une traduction/réédition d’un ancien texte écrit pour le site internet Gornahoor (www.gornahoor.net) paru dans le temps Pascale de 2013]

Lorsque la lumière divine pénètre l’âme, elle est unie à Dieu comme la lumière avec la lumière. Ceci est la lumière de la foi. La foi porte l’âme à des hauteurs inatteignables par ses sens et facultés naturelles.

Maître Eckhart

La foi dans la résurrection est critique pour les chrétiens; spécialement lors de la période pascale. Plus encore, pour les traditionalistes, ces questionnements nous transportent vers une compréhension plus profonde de la résurrection de l’esprit par la mort initiatique et la renaissance (c’est-à-dire de porter la croix, de mourir et d’être ressuscité dans le Christ). Dans l’Évangile selon Saint Luc, de nombreux indices nous amènent à comprendre les Écritures comme quelque chose de plus qu’une simple biographie, marqué dans le temps et dans l’espace : c’est un sens profond de la renaissance qui se tient hors du temps, un Principe. Comme il est dit dans la vigile de Pâques, c’est la renaissance de la totalité de la création, du Cosmos.

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