L’énigme de Martines de Pasqually

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Mai 1936

            L’histoire des organisations initiatiques est souvent fort difficile à éclaircir, et cela se comprend facilement par la nature même de ce dont il s’agit, car il y a là trop d’éléments qui échappent nécessairement aux moyens d’investigation dont disposent les historiens ordinaires. Il n’y a même pas besoin, pour s’en rendre compte, de remonter à des époques très reculées ; il suffit de considérer le XVIIIe siècle, où l’on voit, coexistant encore avec les manifestations de l’esprit moderne dans ce qu’il a de plus profane et de plus antitraditionnel, ce qui semble bien être les derniers vestiges de divers courants initiatiques ayant existé jadis dans le monde occidental, et au cours duquel apparaissent des personnages qui ne sont pas moins énigmatiques que les organisations auxquelles ils se rattachaient ou qu’ils ont inspirées. Un de ces personnages est Matines de Pasqually ; et, à propos des ouvrages publiés en ces dernières années sur lui et sur son Ordre des Élus Coens par MM. R. Le Forestier et P. Vulliaud, nous avons eu déjà l’occasion de remarquer combien de points de sa biographie demeuraient obscurs en dépit de tous les documents mis au jour[1]. M. Girard van Rijnberk vient encore de faire paraître sur ce sujet un autre livre[2], qui contient également une documentation intéressante et en grande partie inédite ; mais devons-nous dire que, malgré cela, ce livre pose peut-être encore plus de questions qu’il n’en résout[3] ?

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La terre du soleil par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

            Parmi les localités, souvent difficiles à identifier, qui jouent un rôle dans la légende du Saint Graal, certain attachent une importance toute spéciale à Glastonbury, qui serait le lieu où s’établit Joseph d’Arimathie après sa venue en Grande-Bretagne, et où l’on a voulu voir beaucoup d’autres choses encore, comme nous le dirons par la suite. Sans doute, il y a là des assimilations plus ou moins contestables, et dont certaines paraissent impliquer de véritables confusions ; mais il se peut cependant qu’il y ait, à ces confusions mêmes, quelques raisons qui ne soient pas dépourvues d’intérêt au point de vue de la « géographie sacrée » et des localisations successives de certains centres traditionnels. C’est ce que tendraient à indiquer les singulières découvertes exposées dans un ouvrage anonyme publie récemment[1], dont certains points appelleraient peut-être des réserves, par exemple en ce qui concerne l’interprétation de noms de lieux dont, plus vraisemblablement, l’origine est assez récente, mais dont la partie essentielle, avec les cartes qui l’appuient, pourrait difficilement être considérée comme purement fantaisiste. Glastonbury et la région avoisinante du Somerset auraient constitué, à une époque fort reculée et qui peut être dite « préhistorique », un immense « temple stellaire », déterminé par le tracé sur le sol d’effigies gigantesques représentant les constellations et disposées en une figure circulaire qui est comme une image de la voûte céleste projetée sur la surface de la terre. Il y aurait là un ensemble de travaux qui rappelleraient en somme ceux des anciens mound-builders de l’Amérique du Nord ; la disposition naturelle des rivières et des collines aurait d’ailleurs pu suggérer ce tracé, ce qui indiquerait que l’emplacement ne fut pas choisi arbitrairement, mais bien en vertu d’une certaine « prédétermination » ; il n’en est pas moins vrai qu’il fallut, pour compléter et parfaire le dessin, ce que l’auteur appelle « un art fondé sur les principes de la Géométrie »[2]. Si ces figures ont pu se conserver de façon à être encore reconnaissables de nos jours, c’est, suppose-t-on, que les moines de Glastonbury, jusqu’à l’époque de la Réforme, les entretinrent soigneusement, ce qui implique qu’ils devaient avoir gardé la connaissance de la tradition héritée de leurs lointains prédécesseurs, les Druides et sans doute d’autres encore avant ceux-ci, car, si les déductions tirées de la position des constellations représentées sont exactes, l’origine de ces figures remonterait à près de trois mille ans avant l’ère chrétienne[3].

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