Avicenne – La logique 1er partie

Texte tiré de « Le livre de science » d’Avicenne.

EXPOSÉ DU BUT DE LA LOGIQUE ET DE SON UTILITÉ

Le savoir est de deux sortes.

L’une est le concept (qu’on nomme en arabe : taçavvor); par exemple, si quelqu’un dit : « homme, fée, ange » (et tout ce qui y ressemble), tu comprends et tu conçois ce qu’il entend par là.

L’autre est le jugement : par exemple, tu juges que la fée existe ou que « l’homme est soumis à l’ordre » (et tout ce qui y ressemble) – ce qu’on nomme en arabe : taçdîq.

Ces deux sortes en comportent deux autres. L’une est le concept ou le jugement que l’on peut connaître par la pensée et dont il n’y a d’autre moyen de le concevoir que par la recherche de la voie de la raison; par exemple, concevoir la quiddité de l’âme et parvenir à cette conception; et par exemple, adhérer à l’immortalité de l’âme et l’affirmer.

L’autre sorte, c’est ce que nous ne concevons et ce à quoi nous n’adhérons ni par la pensée ni par le concours de la raison, mais que nous concevons : 1) par l’intuition immédiate de la raison; par exemple, deux choses étant égales à une troisième (c’est-à-dire que chacune est égale à cette troisième), les deux premières sont égales entre elles; 2) ou bien par les sens; par exemple, le soleil est lumineux; 3) ou bien [ce sont jugements ou concepts que] nous avons reçus des grands hommes, des savants, des prophètes ou des imâms; 4) ou bien ce sera une chose sur laquelle tous les hommes s’entendent et sur laquelle a été fondée notre éducation; par exemple nous disons : « le mensonge est laid; il ne faut point commettre d’injustice »; 5) ou bien encore ce sont les conceptions ou jugements que nous connaissons par d’autres voies qui seront mentionnées plus tard.

Pour tout ce dont le concept et le jugement doivent être acquis par la pensée, il faut qu’au préalable nous sachions une autre chose par laquelle nous connaîtrons ce qui n’est pas encore connu.

Exemple, en ce qui concerne le concept. Si nous ne savons pas ce qu’est l’homme et si quelqu’un nous l’explique en disant : « L’homme est un animal raisonnable », il faut que nous ayons su d’abord ce que signifient animal et raisonnable et que nous l’ayons conçu. Alors, ce que nous ne savions pas quant au sens de homme, nous le saurons.

Exemple, en ce qui concerne le jugement. Si nous ne savons pas que l’univers est créé, et si quelqu’un nous le démontre et nous dit : « L’univers est doué de forme, et tout ce qui est doué de forme est créé », il faut que nous y adhérions et que nous reconnaissions que le monde est doué de forme; et il faut aussi que nous croyions et sachions que tout ce qui est doué de forme est créé. Par suite, ce que nous ignorions de l’état de création de l’univers, nous le saurons.

Donc tout ce que nous ne savons pas et que nous voulons savoir, nous le saurons par les choses que nous avons sues [auparavant]. Tout ce qui est inconnu sera connu au moyen de ce qui est déjà connu. Mais ce n’est pas n’importe quel connu qui conduit à la connaissance de l’inconnu. En effet, pour tout inconnu, il y a un connu qui lui convient et par lequel seulement on peut le connaître; il y a aussi une voie par laquelle il faut aller du connu à l’inconnu pour que ce dernier soit connu.

La logique est la science par laquelle on apprend l’état de connaissance de l’inconnu par le connu; elle fait connaître ce qui est la connaissance réelle, ce qui avoisine la vérité, ce qui est erreur – chacun de ces trois étant de plusieurs sortes.

La logique est la science [semblable à] la balance; les autres sciences sont celles des profits et pertes [que la balance évalue]. Le salut de l’homme est dans la pureté de son âme, laquelle consiste en le fait que la forme des choses se réalise en elle et qu’elle se tient éloignée des souillures de la nature. Ce n’est que par la science que l’on parvient à ces deux buts.

Or toute science qui n’est pas évaluée par la balance n’est pas certaine et, en vérité, n’est pas science. Par conséquent, on ne peut se dispenser d’acquérir la science de la logique. Les sciences de nos devanciers ont pour caractère qu’au début de son travail celui qui les étudie ne sait pas quel profit se trouve en ce qu’il apprend; ce n’est qu’à la fin qu’il le sait tout d’un coup et qu’il arrive à en comprendre l’utilité et le but. Par conséquent, il faut que le lecteur de ce livre ne soit pas inquiet d’entendre des choses qui ne présentent pas immédiatement leur utilité.

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