L’Idée de « création éternelle » dans le Rig-Vêda par Ananda K. Coomaraswamy

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

Le terme vêdique sadya, qui veut dire « aujourd’hui », a tout autant le sens de « soudainement » et de « tout de suite ». Par exemple, Rig-Vêda, III, 29, 3 : sadyah pravîtâ vrishanam jajâna, « à peine la Mère eut-elle été fécondée qu’elle mit au monde le Taureau » : IV, 7, I0 : sadyo jâtasya dadrishânam ojah, « il ne fut pas plus tôt né qu’il montra son pouvoir » ; VI, I9, 2 : sadyo cid vavriddhê asâmi, « il grandit aussitôt jusqu’à stature complète » ; VII, I0I, I : sadyo jâto vrishabho roravîti, « à peine né, le Taureau se mit à mugir » ; X, II5, I : « A peine l’avait-elle mis au monde (yadi jîjanat) qu’il grandit tout d’un coup (nu vavaksha) et partit aussitôt pour sa grande mission (sadyo mahi dûtyam caran) ». Dans tous ces passages, sadya a le même sens que makshu dans X, 61, 20 : « Aussitôt que sa mère l’eut enfanté (makshu… sûta mâtâ), il se tint droit ». Cf. aussi la Taittirîya Samhitâ, VI, 3, I, 4 : « Ni un cheval ni un chariot traîné par des mulets ne peuvent faire le tour de la terre en un instant (sadyh, littéralement « aujourd’hui »), mais l’intellect (manas) peut le faire en un instant, il peut même aller au delà de la terre » ; ce qui doit être compris en relation avec Rig-Vêda, VI, 9, 5, où l’intellect est appelé « le plus rapide des oiseaux », et avec d’autres passages où l’intellect est comparé à la lumière. En ce qui concerne le caractère immédiat de la « naissance éternelle », les citations qu’on vient de lire peuvent être rapprochées d’Eckhart : « Il n’y a pas de temps auquel cette naissance puisse être rapportée » et « Cette naissance demeure éternellement dans le Père… qui, dans un Verbe unique, profère la totalité de ce qu’il sait, la totalité de ce qu’il peut produire; et qui le profère dans un seul instant, et cet instant est éternel».

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La prière et l’incantation par René Guénon

Article paru dans « Études Traditionnelles » de Janvier 1936

Bien qu’on entende le plus souvent, dans le langage courant, le mot « prière » dans un sens très vague, et qu’on le prenne même comme synonyme du terme d’« oraison » dans toute sa généralité, nous pensons qu’il convient de lui garder ou de lui rendre la signification beaucoup plus spéciale et restreinte qu’il tient de son étymologie même, car « prière » signifie proprement et exclusivement « demande » et ne peut sans abus être employé pour désigner autre chose[1]. Partant de là on doit établir une distinction très nette entre la prière et ce que nous appellerons l’ « incantation », employant ce terme à défaut d’un autre plus précis qui manque aux langues occidentales, et nous réservant de le définir exactement par la suite.

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