Extrait de la quatrième leçon sur la divino-humanité par Vladimir Soloviev (2e partie)

Traduit du russe par Bernard Marchadier

La doctrine des idées comme essences éternelles et immuables sur lesquelles reposent toutes les existences et tous les phénomènes passagers qui forment le contenu authentique du principe absolu ou tout éternel et immuable, cette doctrine, d’abord développée, comme on le sait, par la philosophie grecque en la personne de Platon, constitue, après le bouddhisme, une nouvelle étape de la révélation du principe divin. Le bouddhisme dit : « Ce monde-ci, l’être naturel, tout ce qui existe, n’est pas l’être véritable, c’est un fantôme; dès lors, si tout ce qui est n’est pas la vérité, la vérité est ce qui n’est pas, elle est le néant. » L’idéalisme platonicien dit au contraire : « Si ce qui existe immédiatement pour nous, être naturel ou monde des phénomènes, n’est pas la vérité, n’est pas l’être authentique – et en cela le platonisme s’accorde avec le bouddhisme -, cet être, cette vérité ne peuvent être reconnus comme non véritables que parce qu’il y a une autre réalité qui possède le caractère de vérité et d’essentialité. » C’est uniquement par rapport à une autre réalité véritable et authentique que cette réalité-ci n’est ni véritable ni authentique ; en d’autres termes, la réalité naturelle a sa vérité et son essence authentique dans autre chose, et cette autre chose est l’idée. En même temps, puisque la réalité véritable et authentique ne peut être plus pauvre, ne peut pas contenir moins que la réalité illusoire, il faut nécessairement supposer qu’à tout ce qui se trouve dans la réalité apparente ou illusoire correspond quelque chose dans la réalité véritable ou authentique, en d’autres termes : que tout être du monde naturel a son idée ou son essence véritable. De la sorte, cette réalité véritable, cette essence authentique, n’est pas simplement définie comme idée mais comme tout idéal, comme monde ou royaume des idées.

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Extrait de la quatrième leçon sur la divino-humanité par Vladimir Soloviev (1re partie)

Traduit du russe par Bernard Marchadier

Même en se plaçant du point de vue de la conception dominante à l’heure actuelle, à savoir celle qui s’appuie sur les sciences naturelles, on est amené à reconnaître que s’il n’y avait pas d’être doués de sens le monde changerait radicalement de caractère. En effet, d’après cette conception, le son pris en soi, par exemple, c’est-à-dire indépendamment de l’ouïe et des organes auditifs, n’est qu’une vibration ondulatoire de l’air ; mais il est évident que la vibration n’est pas encore en soi ce que nous appelons un son. Pour qu’elle le devienne, il faut qu’elle puisse agir sur une oreille, il faut qu’elle provoque dans un appareil auditif des réactions déterminées et que celles-ci apparaissent à l’être sensible comme une sensation auditive.

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