Libéralisme et Socialisme

Les hommes de bonnes naissances avaient l’habitude de penser ainsi :

L’école libérale tient pour certain qu’il n’y a d’autre mal que celui qui se trouve dans les institutions politiques léguées par nos pères, et que le bien suprême consiste à abolir ces institutions. La plupart des socialistes, de leur côté, regardent comme hors de doute qu’il n’y a d’autre mal que celui dont la société est la source, et que le grand remède serait dans le bouleversement complet des institutions sociales. Libéraux et socialistes proclament donc d’un commun accord que le mal vient des temps passés; mais les premiers affirment que le bien peut déjà se réaliser dans le temps présent, les seconds que l’âge d’or ne commencera que dans le temps à venir.

Le bien suprême devant être le fruit d’un bouleversement suprême, dans les régions politiques, disent les libéraux, dans les régions sociales, disent les socialistes, les uns et les autres affirment également la bonté substantielle et intrinsèque de l’homme, dont l’action intelligente et libre doit amener ce bouleversement. Cette conclusion, explicitement formulée par les socialistes, est implicitement contenue dans la théorie que soutient l’école libérale, si bien qu’on ne peut la rejeter sans être obligé, sous peine d’inconséquence, de rejeter cette théorie elle-même. La doctrine suivant laquelle le mal est dans l’homme et procède de l’homme est, en effet, en contradiction formelle avec la doctrine suivant laquelle le mal ne serait que dans les institutions, sociales ou politiques, et n’aurait d’autre cause que ces institutions. Quelle est, en bonne logique, la conséquence de la première? Que, pour extirper le mal du gouvernement et de la société, il faut commencer par l’extirper du cœur de l’homme. De même que suit-il de l’autre? Qu’il n’y a pas à s’occuper de l’homme, où le mal n’est pas, et que, pour l’extirper, il faut opérer directement soit sur le gouvernement, soit sur la société, où il a son centre et son origine. La théorie catholique et les théories rationalistes sont donc non-seulement incompatibles, mais encore contradictoires : la théorie catholique condamne tout bouleversement politique ou social comme insensé ou inutile; les théories rationalistes condamnent toute réforme morale de l’homme comme inutile et insensée. Et cela suit rigoureusement de leur principes respectifs; car, si le mal n’est ni dans le gouvernement ni dans la société, pourquoi et pour qui le bouleversement du gouvernement et de la société? Et si, au contraire, le mal n’est pas dans les individus et ne procède pas des individus, pourquoi et pour qui la réforme intérieure de l’homme? ~ Donoso Cortès – Essai sur le Catholicisme, pp. 304-306

Dans cet extrait Donoso Cortès résume bien la façon de penser des trois écoles. Puisqu’aucune n’a pu atteindre la finalité de leurs hypothèses fondamentales, le dialogue est impossible. Il ne peut y avoir qu’un débat incessant et sans résultat. Comme Cortès le démontre :

L’intérêt suprême de cette école est que le jour des négations radicales ou des affirmations souveraines n’arrive pas, et, pour l’empêcher d’arriver, elle a recours à la discussion, vrai moyen de confondre toutes les notions et de propager le scepticisme. Elle voit très-bien qu’un peuple qui entend des sophistes soutenir perpétuellement sur toutes choses le pour le contre finit par ne plus savoir à quoi s’en tenir sur rien, et par se demander si réellement la vérité et l’erreur, le juste et l’injuste, le honteux et l’honnête, sont choses contraires, ou si ce ne serait pas plutôt une même chose considérée à des points de vue divers? ~ Donoso Cortès – Essai sur le Catholicisme, p 280

Nous sommes donc forcés à être d’un côté ou de l’autre du débat, alors que ce qui est réellement nécessaire, c’est de comprendre les hypothèses fondamentales, et beaucoup de conservateurs autoproclamés tiennent une position réactionnaire sur des sujets politiques ou sociaux, plus ou moins par vieux réflexe, tout en possédant une vision du monde qui diffère très peu des libéraux ou des socialistes. Pour résumer :

Position Source du mal
Libéralisme Institutions politiques
Socialisme Institutions sociales
Catholicisme L’Homme en soi

À partir de ce tableau, nous pouvons déduire d’où chaque école croit pouvoir trouver logiquement une solution :

  • Les libéraux tentent de changer les institutions politiques
  • Les socialistes tentent de changer les mœurs sociales
  • Les catholiques se concentrent sur la régénération morale de l’homme

Comme Donoso le souligne, les libéraux sont ultimement incohérents. Leurs institutions politiques sont sans vie et sans âme. Le libéral regarde ces institutions comme étant autodéterminés, séparer du peuple, de sa valeur, son histoire et sa conscience. Le conservateur sent cela, mais est incapable de l’articuler convenablement, principalement parce qu’il croit lui-même en ces institutions politiques.

Le socialiste croit que la solution se trouve dans le renversement des normes sociétaires traditionnelles; c’est seulement à ce moment que la justice et le bonheur seront atteints. Ici nous voyons une poussée constante à l’encontre de la moralité traditionnelle et des normes sociales.

Nous entendons alors les lamentations des conservateurs prétextant que la bataille devrait être livrée au niveau social. Toutefois, il intègre lui-même le point de vue socialiste sur plusieurs sujets – si ce n’est maintenant, il le fera éventuellement – en raison du flux constant de la propagande. Donc, il concède graduellement du terrain dans une bataille qu’il avait gagnée initialement.

La guerre est donc réellement au sujet d’une vision du monde, mais personne ne le remarque. La métaphysique doit s’opposer au rationalisme des libéraux et des socialistes; la régénération morale de l’homme doit prendre une place primordiale avant des changements politiques ou sociaux. Ces voix sont rares, et où elles sont présentent, elles ne sont pas convaincantes et leur philosophie est inconsistante.

Traduit de l’anglais à partir  de « Liberalism and Socialism » par Cologero paru le 12 mars 2010 à cette adresse : http://www.gornahoor.net/?p=295

 

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