Donoso Cortès – Question D’Orient, Chapitre IX

                Tandis que ces grands événements se passaient à Constantinople, la France, agitée jusque dans ses fondements sociaux, n’avait pas la liberté nécessaire pour tourner son attention du côté de l’Orient. Pendant que toutes les passions turbulentes lui déchiraient le cœur, l’Europe se tenait en armes, prête à fondre sur elle pour étouffer l’incendie qui menaçait de s’étendre dans le monde et de dévorer tous les trônes. La question épineuse de la séparation définitive de la Belgique et de la Hollande était l’objet de longue conférence entre les diplomates les plus renommés du continent européen, alors réunis à Londres, pour faire sortir la paix générale de ces grands troubles et de ces profondes commotions. Par suite de ces complications, la France et l’Angleterre refusèrent, par deux fois, de répondre à l’appel du sultan, qui implorait leur protection et leur secours contre les armées d’Ibrahim, arrivées jusque sous les murs de Constantinople. Mahmoud, se voyant seul au milieu de si grandes infortunes, se vit forcé de recourir à la protection toujours mortelle de l’empereur de Russie, en signant avec lui le fameux traité dont nous venons de parler.

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Donoso Cortès – Question D’Orient, Chapitre VIII

                 M. de Bonald a dit, en parlant de la Turquie : Les Turcs sont campés en Europe. Nous avons vu comment la tempête a passé à travers ce camp et comment elle a emporté ses tentes fragiles dans ses rapides tourbillons.

                En parlant de la Russie, le même écrivain a dit : Ce peuple demi-barbare, dirigé par une politique sage, est destiné à faire de grandes choses dans le monde. Nous allons nous occuper de ces grandes choses ; parce que les deux belles et profondes paroles de M. de Bonald sont deux grandes prophéties, et que le temps de leur réalisation est arrivé.

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Donoso Cortès – Question D’Orient, Chapitre VII

                Tel était l’état de l’empire quand Mahmoud II monta sur le trône de ses ancêtres, sous les auspices d’une révolution sanglante.

                Son cousin Sélim III, allié de l’Angleterre et de la Russie contre la France, avait compris, grâce à ses relations avec ces puissances, quelle était la vraie, l’unique cause de la décadence de l’empire des Osmanlis. Convaincu que cette décadence était l’effet inévitable de la supériorité de la civilisation européenne sur la civilisation turque, il entreprit de rajeunir son empire caduc en répandant la semence féconde de la civilisation chrétienne sur le sol aride de l’islamisme. La paix était faite avec la France, il se livra tout entier à ses projets de réforme, et nomma une commission qui devait proposer le moyen de licencier les janissaires et de former une milice capable de résister par son organisation aux troupes disciplinées des puissances européennes. Tandis que son esprit était livré tout entier à ces préoccupations, les Russes s’emparèrent de la Moldavie et de la Valachie; et une escadre anglaise, ayant forcé le détroit des Dardanelles, parut devant Constantinople. Les ennemis des réformes de Sélim, saisissant une conjoncture favorable, excitèrent le peuple à prouver, par un soulèvement général, son attachement à ses usages et à ses coutumes, et son éloignement pour tout ce qui tendait à introduire des nouveautés étrangères et des changements dangereux. Le peuple prête toujours l’oreille à ceux qui, dans les temps de désastres, lui conseillent, comme seul moyen de salut, les séditions et les bouleversements : le peuple de Constantinople s’éloigna de son souverain, comme on s’éloigne d’un éprouvé et d’un impie, pour ne pas attirer sur soi la colère du ciel. Abandonné par ses vassaux, Sélim fut détrôné par le muphti. Mustapha IV, qui ceignit alors le sabre d’Osman, dut renoncer à toutes espèces d’innovations, dans la crainte d’une de ces tempêtes redoutables qui, en Orient, font si fréquemment chanceler les trônes.

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Donoso Cortès – Question D’Orient, Chapitre VI

                J’ai résumé rapidement les diverses phases qu’à présentés la question d’Orient, depuis les premiers temps historiques jusqu’au jour où l’empire des Osmanlis commença à décliner. On dira peut-être que ce résumé n’était pas nécessaire pour ceux qui veulent simplement savoir quels sont les termes de la question actuelle et quel sera le dénouement probable du drame où les peuples les plus puissants du monde jouent aujourd’hui un rôle. Mais la question d’Orient n’est pas une question nouvelle, elle est, au contraire, aussi ancienne que les relations entre l’Europe et l’Asie, et c’est pourquoi il m’a paru convenable, nécessaire même, de promener mes regards sur les champs de l’histoire, convaincu que la connaissance du passé est une préparation indispensable à la connaissance du présent, et que nous comprendrions mal les graves intérêts qui sont engagés dans la crise dont nous sommes témoins, si l’histoire ne nous montrait les causes qui ont amené cette question au point où nous la voyons et ne nous en révélait ainsi la nature et le caractère. En un mot, j’ai cru qu’une question, considérée au point qui lui sert de terme, ne peut être bien comprise que lorsqu’on l’a d’abord étudiée au point de son origine. A ceux qui me reprochent ces incursions dans le domaine du passé, je réponds : Est-ce ma faute si la question d’Orient, ayant une si longue vie, a une si longue histoire?

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Éliade et Schmitt se rencontrent

La fin des années 30 et le début des années 40 est une époque intéressante et mouvementée quant aux perspectives intellectuels. Carl Schmitt connaissait (entre autres) Ernst Junger, Mircea Eliade et René Guénon, ces deux derniers connaissaient Julius Evola, Corneliu Codreanu et Guido di Giorgio. Une foule de correspondance existe entre ces différentes personnalités sur des sujets nombreux, tels la métaphysique, la philosophie, l’ethnologie, le politique, ainsi de suite.

 

Voici un extrait issu du Journal portugais d’Éliade sur une rencontre avec Carl Schmitt.

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Donoso Cortès – Question D’Orient, Chapitre IV

                Entre la conquête de l’Orient par Rome et la conquête de l’Orient par Alexandre, il y a quelque ressemblance; mais il y a aussi des différences essentielles que je crois nécessaire de signaler, à cause de la lumière qu’elles répandent sur les diverses phases que présente la question d’Orient dans le progrès de la civilisation et dans le cours des siècles.

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