La descente dans l’Hadès

Charles Williams, un des membres du cercle d’amis de C.S. Lewis, a écrit un livre s’intitulant : « La descente en Enfer. »  Nous y retrouvons la chronique d’une lente et inexorable damnation d’une âme, les choix qui sont faits et ne sont pas faits – une chronique qui porte plus sur l’ennui spirituel que sur une rébellion volontaire – c’est un roman qui donne à réfléchir.

Il y a une compréhension de l’enfer qui va bien au-delà du lac de feu brûlant typique de la Géhenne. Ces images, bien que Biblique, ne nous décrivent pas toujours pleinement le caractère existentiel de l’enfer. Il est donc commun de nos jours nous représenter l’enfer comme nous nous représentons le paradis – comme une alternative à laquelle nous faisons face dans la vie après la mort. Aucune de ces alternatives n’est considérée au présent ou ayant un lien quelconque avec la vie de tous les jours autrement que comme une éventuelle conséquence.

Cette manière de pensée est une tragédie, non seulement parce que nous échouons à donner une image plus convaincante de « l’immanence » du Royaume de Dieu (dont le Christ à certainement prêcher – Luc 17 :21), mais aussi par la caricature fréquente de l’enfer qui est bien loin de décrire le vide d’une humanité séparée de Dieu.

La foi orthodoxe, particulièrement dans son cycle liturgique, nous parle beaucoup de la descente du Christ dans l’Hadès. Le service du Samedi Saint tourne en grande partie autour de ce sujet en faisant le constat que la victoire du Christ sur la mort et l’enfer commence par celle en enfer. (J’utiliserai « enfer » et « Hadès » de manière interchangeable à partir d’ici – une pratique commune dans le langage de l’Église.)

La chose la plus proche d’une définition de l’enfer dans les Écritures n’est pas l’image de la Géhenne brûlante, mais une déclaration du Christ dans l’Évangile de Jean. « Et le jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. » (Jean 3 :19) Cette image est, pour moi, beaucoup plus poignante que le lac de feu et autres choses du genre. La faiblesse que nous retrouvons dans l’imagerie effrayante du feu, du grincement de dents et, etc. est de caractères passifs, facilement traduits par quelque chose qui nous est fait. Cela pourrait même impliquer que nous aurions voulu que les choses soient différentes.

Le verset de Jean suggère pourtant l’opposée – l’enfer (la condamnation) est ce qu’elle est – seulement parce que nous voulons qu’il en soit ainsi. En tant que prête ce portrait de la condamnation est de loin l’approche la plus utile pour interagir pastoralement avec les gens. Ce n’est pas la menace qui peut être faite par quelqu’un (Dieu), mais la réalité existentielle de ce que nous nous faisons à nous-mêmes – aujourd’hui même.

Pour certains, penser à l’enfer comme un choix semble absurde. Ils se disent « Qui choisirait volontairement l’enfer? » Je me dis, « Beaucoup de gens – j’en rencontre tout le temps et j’en fais moi-même parfois partie. »

Dans les évangiles, l’histoire du jeune et riche dirigeant en est une d’une personne rencontrant le Christ, est aimée par le Christ, et est invitée par le Christ lui-même à être un membre de ses disciples. Le prix, par contre, est d’abandonner tout ce qu’il possède. Et l’on raconte qu’il renonça tristement parce qu’il était riche. Il est parti triste, mais il est parti. Les êtres humains choisissent souvent quelque chose d’autre que Dieu – même si cela les rend tristes – parce que leur amour pour les ténèbres est plus fort que leur amour pour la lumière.

C’est l’histoire de notre descente en Enfer. C’est un mouvement qui nous éloigne de Dieu, loin de la lumière et une descente dans les ténèbres, l’aliénation et l’amour propre. C’est un amour qui infecte notre cœur aujourd’hui même et qui a le potentiel de devenir ce qui définira l’état de notre âme au-delà de la tombe.

Mais c’est ici que la célébration liturgique de la descente en enfer du Christ devient particulièrement joyeuse. L’amour de Dieu est si grand qu’Il entra en enfer – dans la profondeur des ténèbres où nous sommes plongés. « Les gens qui étaient dans les ténèbres ont vu une grande lumière, » réfère non seulement aux profanes qui peuvent maintenant entendre l’évangile, mais ces âmes dans l’Hadès qui ont vu la Lumière du Christ au milieu de ces ténèbres.

«L’Enfer fut irrité! » est le refrain dans l’homélie Pascale de Saint-Jean-Chrysostome. Les ténèbres ne voulaient pas libérer ses prisonniers.

Saint Silouane de l’Athos (+1938) a entendu Dieu, « Laisse ton esprit en enfer et ne désespère pas. » C’est une des paroles les plus particulières dans la vie des saints. Pour lui cela voulait dire qu’il devait entrer dans le désespoir et les ténèbres des autres, dans la prière, mais, lui-même, de ne pas désespérer. Il devait prier pour le monde comme si nous étions responsables des péchés de tous. Il devait, comme le Christ, suivre l’amour jusqu’à sa conclusion la plus complète et étendre son amour le plus loin possible. C’est l’amour que nous voyons sur la Croix – l’amour de Dieu qui atteint même les profondeurs de l’enfer.

Si nous ne nous limitons pas à l’imagerie commune, mais comprenons le paradis et l’enfer comme l’état de notre âme devant Dieu, nous pouvons alors voir beaucoup plus clairement toute la portée de l’amour de Dieu. « Je me couche aux enfers, te voilà! » (Psaume 139 :8) C’est aussi la mesure de l’amour qui est attendu de nous. Nous avons donc le commandement de pardonner même à nos ennemis.

Au jour le jour nous sommes appelés à descendre dans les ténèbres de ceux qui nous entourent et de prier. Nous devrions prier pour la Lumière, pour le pardon et pour que la grâce fasse son mystérieux travail en rendant nos cœurs purs. Suivre le chemin du Christ nous conduit toujours à la Croix – mais nous devrions voir que la Croix se tient fermement debout dans le cœur des ténèbres de l’homme.

Gloire à Dieu qui nous montra la Lumière!

Traduction de l’anglais «  The Descent in Hades » par le Père Freeman publié sur Glory to God for all Things (https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2006/10/26/the-descent-into-hades/) en date du 26 octobre 2006.

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