Être sourd à la vie

La vie de l’homme est dans le devenir; et non seulement dans le devenir, mais dans l’autocréation. Il ne grandit pas sous la direction et le contrôle de forces irrésistibles. La force qui le forme est sa propre volonté. Toute sa vie est un effort afin d’atteindre sa vraie nature humaine. Mais la nature humaine, puisque l’homme est un esprit inférieur, est seulement illustrée par l’esprit absolu de Dieu. L’homme doit donc se former à l’image de Dieu, ou il cesse de devenir humain et devient diabolique. Cette autocréation doit aussi être une connaissance de soi; non la connaissance de soi par l’introspection,  l’examen du soi qui « est », mais la connaissance de Dieu, le soi qui doit être. La connaissance de Dieu est le début, le centre et la finalité de la vie humaine. ~ R. G. Collingwood

La création émane des potentialités inhérentes à Dieu, un être qui rayonne « dans » tout ce qui nous entoure en devenant visible et intelligible. ~ Ibn Al’Arabi

La vie est l’actualisation de possibilités. ~ Ulick Varange

La pire chose qui peut arriver à un homme qui est déjà divisé en une douzaine de compartiments différents est d’isoler un de ces compartiments et de lui dire que celui-ci est plus important que tous les autres, et qu’il doit par conséquent lui porter une attention spéciale afin de le garder séparé des autres… La première chose que vous devez faire, avant même de penser à une chose telle que la contemplation, est d’essayer de retrouver votre unité naturelle de base, réintégrer votre être compartimenté en un tout coordonné et simple et d’apprendre à vivre comme un humain uni. Ce qui signifie que vous devez rassembler ensemble les fragments de votre existence distraite afin que lorsque vous dites « je », il y ait vraiment quelqu’un de présent qui supporte ce pronom que vous avez prononcé. Réfléchissez, de temps en temps, à ce fait inquiétant que la majorité de vos opinions, goûts, actes, désires, espoirs, et peurs sont des assertions faits par quelqu’un qui n’est pas réellement présent. Quand vous dites « je pense », ce n’est souvent pas vous qui pensez, mais « eux » – c’est l’autorité anonyme de la collectivité qui parle par le biais de votre masque. Quand vous dites « je veux », vous acceptez, et payez pour quelque chose dont vous êtes contraint de vouloir. En d’autres mots, vous tenter d’atteindre ce que l’on veut vous faire atteindre. ~ Thomas Merton

Symphonie

En étudiant la créativité, nous avons utilisé l’exemple de la symphonie afin de nous aider à comprendre le Noumène (la chose en soi) et sa relation avec le phénomène. Nous reconnaissons une symphonie par son unité… les notes se suivent dans une mélodie, les transitions se suivent harmonieusement, les mouvements sont tous en relations, tous unis par un rythme dominant. Les grands compositeurs ont souvent décrit le processus de créativité. Ils ne débutent pas par les parties pour terminer avec un tout. C’est plutôt le contraire … Ils saisissent la symphonie dans son entièreté et s’efforcent de mettre les différentes parties sur papier. Par exemple, voici la description du processus créatif selon Mozart :

Tout ceci enflamme mon âme et, à condition que je ne sois pas perturbé, mon sujet s’élargit, devient méthodique et défini, et le tout, même s’il est long, se tient presque complet et finit dans mon esprit, je peux donc le survolé, comme une belle toile ou une magnifique statue, d’un seul coup d’œil. …Toute cette invention, cette production, se réalise dans un rêve vivant et plaisant.

 Tchaïkovski offre une description similaire :

En général, le germe d’une composition future survient soudainement et à l’improviste … il prend racine d’une force extraordinaire et rapide, jaillit de la terre, laisse sortir ses branches et ses feuilles et finalement fleurit. Je ne peux pas définir le procédé de créativité autrement que par cette comparaison. …. J’oublie tout et j’agis comme un fou : tout ce qui est en moi est en pulsion et palpite; je n’ai même pas commencé une esquisse qu’une pensée en suit une autre. Au milieu de ce procédé magique, il arrive fréquemment qu’une interruption externe me réveille de mon somnambulisme. … ces détestables interruptions brisent le fil de mon inspiration.

Pour nous, auditeurs, d’un autre côté, le procédé fonctionne à l’inverse. Nous entendons les sons : les instruments qui entrent et sortent, la ligne mélodique, l’harmonie, les percussions, les changements de volumes et de tons. Ce qui est incroyable est que nous ne nous concentrons pas sur chaque son individuellement, mais nous saisissons plutôt la symphonie comme un tout – nous avons habituellement besoin de quelques notes et nous la reconnaissons immédiatement. « La neuvième de Beethoven », disons-nous.

Mais où est la neuvième symphonie? Jusqu’à ce qu’elle soit exécutée, elle est seulement une possibilité et n’existe nulle part et partout à la fois. Lorsqu’elle est exécutée, elle devient soudainement vivante, elle se manifeste, le possible devient actualité. Quels sont les facteurs? Un mélange complexe de nécessité, de chance et de liberté. Les instruments sont requis. Les éléments mystérieux de la chance entrent en jeu : l’un est fructueux, l’autre ne l’est pas. Les décisions individuelles des musiciens doivent converger. Tout cela, et la symphonie en soi, font partie du mélange.

La Vie

Comment expérimentons-nous notre vie? L’homme est traditionnellement perçu comme esprit, âme et corps. Où est l’esprit? « Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère, je t’ai choisi; et avant ta naissance, je t’ai consacré » (Jer 1 :5) Dieu nous connaît en tant que possibilité, en esprit. Traditionnellement, l’âme est ce qui donne forme au corps. L’âme est donc comme les notes de la symphonie qui est l’esprit, mise sur papier par le compositeur afin de correspondre parfaitement à l’unité de la symphonie. Le corps est donc la manifestation de l’esprit et de l’âme, sa prise de conscience.

Ce sont encore les mêmes facteurs mystérieux. Notre destinée déterminée par Dieu. La chance, la force des circonstances, les forces qui façonnent et forment notre environnement, qui ferment certaines options tout en ouvrant d’autres possibilités. Puis la liberté, les choix que nous faisons. Ceci se combinent afin de créer notre vie, d’actualiser les possibilités qui nous sont disponibles. Est-ce que nous le voyons de cette manière? Ce sont tous les événements de notre vie, du plus trivial au plus capital. Nous oublions ce qui s’est passé il y a un an, nous voyons aucune relation entre aujourd’hui et il y a un an ce même jour. Nos vies sont fragmentaires : un travail, une famille, des amis, le divertissement, l’éducation, etc. Est-ce que nous nous arrêtons pour voir comment chaque morceau de notre vie ce rassemblent harmonieusement dans un tout, comment nous la créons année après année, jour après jour, minute après minute?

Il y a une infirmité appelée « amusie ». Une personne atteinte d’amusie entend chaque note d’une symphonie, chaque son, tous les instruments; mais, il n’entend pas la symphonie en soi. Pour lui, les notes ne sont pas  reliées, elles sont simplement une cacophonie de sons individuels, peu différent des bruits de la rue.

Traduit de l’anglais à partir  de « Tone Deaf to Life » par Cologero paru le 24 août 2007 à cette adresse : http://www.gornahoor.net/?p=12

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