Civilisation qualitative

Le vrai progrès respectera toujours la ligne de développement formel de l’homme. Elle donnera lieu à une civilisation qualitative telle que fut la civilisation de la Grèce au IVe siècle av. J.-C. et, à un degré plus élevé, la civilisation de l’Europe occidentale au XIIIe siècle. Si l’attention des gens est détournée des choses spirituelles et tournée vers les conquêtes matérielles, vers la culture de l’utile, c’est-à-dire de tout ce qui sert à favoriser les relations humaines et l’assouvissement des besoins corporels et aux conforts de l’homme, l’orientation de la vie change graduellement. Les moyens deviennent la fin. La civilisation est quantitative plutôt que qualitative.

~ Denis Fahey, The Mystical Body of Christ in the Modern World (p. 140)

Dans ce passage, nous voyons l’accord fondamental entre le Père Fahey, un catholique traditionnel, René Guénon et Julius Evola, qui voient la dernière civilisation traditionnelle avec la civilisation de l’Europe occidentale au XIIIe siècle. Par conséquent, il vaut la peine d’étudier plus en détail les caractéristiques de cette civilisation qui le rendent ainsi. Il semble souvent plus facile de regarder plus loin, par exemple vers l’Inde, ou vers la Scandinavie païenne, et ainsi de suite, bien que cela soit sujet à de nombreuses idées fausses et malentendus. D’autre part, quelque chose de plus près est souvent plus émotionnellement difficile[1], en particulier est-ce que nous sommes habitués à regarder la période comme les « âges sombres » marqués par l’oppression théocratique ou féodale.

 

Pourtant, si nous prenons au sérieux Guenon et Evola, nous devons prendre cette période au sérieux, et elle doit être faite objectivement sans préjugés ni engagements a priori à des positions théologiques particulières.
Pour être clair, nous nous trouvons avec Maurras et prenons l’Occident comme une civilisation unique: « La Tradition occidentale est basée sur l’axe de la Grèce et de Rome et son prolongement dans le temps vers Paris ». C’est à la différence d’Evola, qui a vu deux civilisations distinctes. Aussi, contrairement à Guenon, nous voyons cette Tradition comme complète et non inférieure à tout ce qui est à l’Est de la Perse. C’est ce qu’on appelle la tradition romaine, ou romanité[2].

 
La méthode utilisée sera de regarder l’ordre naturel dans le développement de la vie véritablement humaine dans une civilisation. Cela englobe plusieurs domaines de l’activité humaine.

  • Métaphysique
  • Art
  • Science
  • Politique
  • Économie et Techniques
  • Éthique et vertus civiques

 

L’historien profane s’intéresse au domaine contingent de la politique ou de l’économie. Ainsi, il appelle la « Chute de Rome », ce qui était en réalité un changement de régime. L’alternative est de voir dans les tribus germaniques rien d’autre que des hordes barbares et à Rome une structure politique tout en manquant l’essentiel de son esprit. Nous voyons plutôt cette époque comme l’incorporation des traditions germaniques et nordiques à la Romanité; les incursions des peuples du Nord – qui se considéraient comme romains – dans l’Europe méridionale ont provoqué des perturbations politiques et économiques, mais ont ensuite mené à l’enrichissement de la Romanité et à sa continuation sous une forme différente. La chute réelle de Rome, au sens métaphysique, est venue beaucoup plus tard.
Nous allons brièvement mentionner deux figures représentatives de l’Europe du XIIIe siècle pour démontrer la continuité de la Tradition romaine. Ils représentent les champs de la métaphysique et de l’art.

 
Thomas d’Aquin

 
Thomas d’Aquin relie l’Athènes antique au Paris médiéval en incorporant la philosophie d’Aristote, Platon, et indirectement Plotin par Dionysos et Augustin. Sa doctrine métaphysique, connue maintenant comme thomisme, était considérée par Guenon et Evola pour incarner la Tradition.

 
Dante Alighieri

 
Le grand poète Dante regardait le poète roman Virgile comme son guide, ce qui le rattache indirectement à Homère. Evola, Guenon et Coomaraswamy – qui considéraient Dante comme l’un des plus grands des Européens – tenaient Dante en haute estime dans une perspective traditionnelle. De plus, par sa relation avec les Fedeli d’Amore, Dante peut être considéré comme un initié, démontrant l’existence à l’Ouest d’une authentique tradition ésotérique.

 

Traduction de l’anglais “Qualitative Civilization” par Cologero Salvo sur Gornahoor.net (http://www.gornahoor.net/?p=1326) publié le 2 janvier 2011.

[1] À ce sujet, nous suggérons l’œuvre de G.K. Chesterton The Everlasting Man.

[2] Ce site touchera le sujet de la « synthèse médiévale » (union entre Grèce, Rome et plus tard Germanique et Celtique – c’est-à-dire la tradition indo-européenne – et Christianisme) à de nombreuses occasions, mais aussi à la tradition romaine telle qu’elle s’est perdurée dans l’Empire Romain d’Orient, c’est-à-dire la Nouvelle Rome. Cologero Salvo a déjà abordé à plusieurs endroits cette thématique ici exposé, suggérant même pour la métaphysique le terme « esoteric paganism » (paganisme ésotérique) pour décrire le christianisme.

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