Sensible et Non-sensible

Nous sommes des hommes du moyen âge, non seulement parce que c’est notre destin, la fatalité de l’histoire, mais aussi parce que nous le voulons. Vous, vous êtes encore des hommes modernes, parce que vous refusez de choisir. ~ Nicolas Berdyaev

La puissance d’un nouveau moyen âge est requise. ~ Julius Evola, Impérialisme Païen

Samsara est Nirvana ~ Nagarjuna

Le sensible est le symbole du divin ~ Saint Bonaventure

Les attaques contre la puissance d’un nouveau moyen âge sont constantes, et parviennent parfois de sources inattendues. Récemment un argument bizarre circulait sur Internet. Il revendique que le point de départ de la métaphysique de Thomas d’Aquin, en sous entendant que cette connaissance s’acquiert par les sens, «mène» au monde moderne. Lorsque questionné sur la signification de ce «mène», l’auteur n’a pas de réponse. Soit il y a une nécessité logique ou empirique qui contraint à une conclusion à partir des prémisses, ou il n’y en a pas.

À partir de cette logique, par exemple, la géométrie Euclidienne « mène » à la géométrie Riemannienne. Mais en fait cette dernière nie un des postulats d’Euclide, il n’y a donc pas de relation logique. Similairement, si le chemin « mène » à Rome, il mène aussi à la fosse lorsque vous marcher sur le fil du rasoir. Ceci se révèle être le point crucial du débat : notre camarade ne veut pas suivre le chemin qui mène à Rome. Il nous présente donc ce verbiage rusé pour justifier sa propre apostasie. Peu importe si la Tradition Médiévale Nordique-Romaine est composé de bien plus que Thomas d’Aquin. Même s’il réussit à retirer une brique, comme on le fait dans une partie de Jenga, la structure demeure intacte.

Être et Devenir

Dans le tout premier paragraphe du premier chapitre de Révolte contre le monde moderne, Julius Evola écrit :

 Pour comprendre aussi bien l’esprit traditionnel que la civilisation moderne, en tant que négation de cet esprit, il faut partir de cette base fondamentale qu’est l’enseignement relatif aux deux natures. Il y a un ordre physique et il y un ordre métaphysique. Il y a la nature mortelle et il y a la nature immortels. Il y a la région supérieure de l’« être » et il y a la région inférieure du « devenir ». D’une manière plus générale, il y a un visible et un tangible, et, avant et au-delà de celui-ci, il y a un invisible et un intangible, qui constituent le supra-monde, le principe et la véritable vie.[1]

L’argument allégué affirme qu’Aquin, en commençant par les sens, créé, d’une certaine manière, une philosophie à « deux étages ». À partir de cette philosophie, le monde moderne peut se passer du second étage de l’Être, se concentrant seulement sur l’étage la plus basse, le Devenir.

Évidemment, ceci peut seulement se produire en oubliant l’Être. L’esprit moderne oubli l’être, méprenant le monde changeant des apparences pour l’Être en soi. Opposé à cela, le Thomisme essaie de « mené » à l’éveil de l’Être en commençant par l’expérience des sens. Une fois compris, le monde du devenir devient intuitivement une théophanie du monde de l’Être. S’il est mal compris, la vue du monde naturaliste s’éveil, une vue qui est seulement le dénie du monde de l’Être. Julius Evola, dans Impérialisme Païen identifie cette ignorance :

Loin de s’épuiser dans le naturalisme – comme de nos jours seulement l’ignorance ou la falsification tendancieuse de certaines personnes peuvent nous le présenter – au-delà la connaissance des idéaux de dépassement viriles et de libération ultime, dans la conception païenne, le monde était un corps vivant, baignant dans le secret, le divin et les forces démoniaques, ayant une signification et un symbolisme, comme l’illustre les dires d’Olympiodore : « l’expression sensible de l’invisible ».

Olympiodore était le dernier philosophe païen d’Alexandrie, mais son énoncé s’applique aussi aux philosophes Chrétiens qui ont suivie. L’esprit moderne affiche une « ignorance » de la connaissance, mais la « falsification tendancieuse » de la longue missive de notre auteur est beaucoup plus sinistre.

Johann Fichte à compris cela lorsqu’il a écrit « l’idée Divine du Monde qui se cache au fond des apparences » et « l’apparence sensible est le vêtement, l’incarnation de l’Idée Divine. » C’est ce que Goethe appel le « Secret Ouvert » parce qu’il est ouvert à tous, et pourtant vue par personne. Vous devez choisir si vous voulez ou non le voir.

Hiérarchie et Docétisme

Les auteurs du moyen âge ne pouvaient imaginer … l’Église Universelle sans un pape. Parce que si le monde est gouverné hiérarchiquement, le Christianisme ou le Sanctum Imperium ne peut l’être autrement. La hiérarchie est une pyramide qui existe seulement lorsqu’elle est complète. ~ Valentin Tomberg, Méditations sur le Tarot

L’opposé du Naturalisme est le Docétisme. Le premier nie le monde de l’Être et le dernier nie le monde du Devenir. Le docétisme veut incarner une réalité spirituelle abstraite, tout en niant son expression sensible dans le monde physique. Puisque le monde spirituel est une hiérarchie cosmique, il possède un sommet. Donc, pour éviter le docétisme, le monde du Devenir, qui est le symbole du Divin, a besoin d’un sommet. Le dénie du Thomisme mène donc l’auteur de cette missive a nié le Pape. Comme nous l’avons dit, il est un apostat recherchant, apparemment, une justification.

Les vestiges du libéralisme sont toujours présents même chez ceux qui le dénoncent le plus. La revendication suivante se produit si souvent de nos jours que nous pourrions la confondre comme l’oiseau avec l’épouvantail. Cela ce produit de la manière suivante : « J’ai fait une profonde recherche sur les Pères de l’Église et j’en suis arrivé à la conclusion que l’Église Orthodoxe est la plus fidèle d’entre elles. » Qu’est-ce qui pourrait plus personnifier l’esprit Protestant ou du « marché des idées » de John Stuart Mill, dans lequel on évalue des visions du monde en compétition et en n’en choisissant une qui se « base sur des évidences » ?

 Mais c’est resté à un niveau plus bas de la connaissance. Doxa (δόξα), ou l’opinion, est notre connaissance d’un phénomène sensible. Dianoia (διάνοια) est une connaissance rationnelle discursive; c’est le «poids de l’évidence», la controverse, ainsi de suite. Mais le plus haut niveau de la connaissance est l’epístamai (ἐπιστήμη) qui est l’intuition directe et sans intermédiaire de l’Être. C’est ce que les Pères enseignent.

Alors lorsque nous arrivons à ce niveau de la connaissance, nous « voyons » la vérité de l’ordre cosmique. Notre « choix » dans ce cas est de nous y soumettre. Tomberg explique :

Le vœu d’obéissance est la pratique de réduire au silence nos désirs personnels, nos émotions et notre imagination et de les confrontés à la raison et la conscience ; c’est la primauté de l’idéal [Être] opposé à l’apparent [Devenir], la nation opposé à l’individuel, l’humanité opposé à la nation et Dieu opposé à l’humanité. C’est la vie du cosmique et de l’ordre hiérarchique de l’homme ; c’est la signification et la justification du fait qu’il y a des Séraphins, Chérubins, Trônes ; des Domaines, Vertus, Puissances ; des Principautés, Archanges, Anges ; des Prêtres, Chevaliers et des Roturiers. L’obéissance est l’ordre : c’est la loi international ; c’est l’État, c’est l’Église ; c’est la paix universelle. La vraie obéissance est l’extrême opposé de la tyrannie et de l’esclavage, puisque sa racine est l’amour provenant de la foi et de la confiance. Ce qui est au-dessus sert ce qui est en dessous et ce qui est en dessous obéis à ce qui est au-dessus. L’obéissance est la conclusion pratique produite lorsqu’on reconnait une existence plus haute que la sienne. Quiconque reconnait Dieu, obéis.

Tomberg décrit la vertu de la Piété – une des vertus Romaines tout comme un don de l’Esprit Saint. La piété signifie la soumission à ce qui est plus haut, la renonciation de l’élément personnel. Cette obéissance ne se base pas sur l’ignorance, mais sur la connaissance de l’Être ; elle n’est pas la contrainte d’une force extérieure, mais est embrassée librement.

C’est la fondation de toute société traditionnelle. Comment une société comme celle-ci pourrait-elle fonctionner si tout le monde commençait à « examiner les évidences » et arriveraient à des conclusions différentes ? Vous ne pourriez compter ou faire confiance à personne. C’est le remplacement de la connaissance du Sacré par les opinions personnelles arbitraires.

Traduit de l’anglais à partir  de « Sense and Nonsense » par Cologero paru le 14 décembre 2016 à cette adresse http://www.gornahoor.net/?p=8830

[1] Extrait tiré de la version française des éditions de l’homme.

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