Une cosmologie ancienne

Nous sommes des hommes du moyen âge, non seulement parce que c’est notre destin, la fatalité de l’histoire, mais aussi parce que nous le voulons. Vous, vous êtes encore des hommes modernes, parce que vous refusez de choisir. ~ Nicolas Berdyaev

Pour comprendre le Moyen Âge, The Discarded Image de C. S. Lewis, est indispensable. Il a une perspicacité remarquable, même si sa perspective et ses motifs diffèrent des nôtres. Dans cette discussion, je vais utiliser les concepts traditionnels comme un complément à ce que Lewis a écrit. Tout d’abord, il souligne que les Médiévaux étaient tout à fait conscients du Logos, ou « Ordre Cosmique ». Lewis les décrit:

Caractère marquant, l’homme médiéval n’était pas un rêveur ni un vagabond. Il était un organisateur, un codificateur, un constructeur de systèmes. Il voulait une place pour tout et tout au bon endroit. Distinction, définition, tabulation étaient sa joie. Bien que plein d’activités turbulentes, il était également plein de l’impulsion pour les formaliser.

  • La guerre aspirait à être formalisée par l’art de l’héraldique et les règles de la chevalerie;
  • Les passions sexuelles, par un code élaboré d’amour;
  • La spéculation philosophique, très originale et en plein essor, s’inscrivait dans un modèle dialectique rigide copié d’Aristote;
  • Des études comme le droit et la théologie morale, qui demandent l’ordre de particularités très diverses s’épanouissent particulièrement ; et
  • Toutes les façons dont un poète peut écrire sont classées dans les arts de la rhétorique.

Lewis souligne trois œuvres suprêmes qui illustrent l’esprit médiéval comme sa plus haute expression.

  • La Summa par saint Thomas d’Aquin.
  • La Divine Comédie de Dante.
  • Le Modèle de l’Univers.

Pour des raisons tout à fait différentes, à savoir, nous ne les considérons pas comme un simple schéma complexe de catégorisation, cela s’inscrit dans notre perspective entière.

  • La Summa est l’œuvre suprême de la métaphysique occidentale, ou Théologie, comme une manifestation de l’Idée de Vérité.
  • La Divine Comédie est la plus haute œuvre poétique, comme la manifestation de l’Idée de Beauté. Le « code élaboré de l’Amour » n’est pas ce que Lewis pense être. Elle révèle plutôt le chemin de l’Initiation culminant dans la connaissance de la Sophia Divina.
  • Nous nous sommes référés au Modèle de l’Univers à plusieurs reprises[1].

Le Modèle de l’Univers

Bien que Lewis soit approfondi dans son analyse du modèle médiéval, il ne le comprend pas vraiment. Il considère qu’il ne s’agit que d’un jeu de perles de verre, d’un exercice intellectuel qui tente d’organiser et de consolider les textes reçus en un système fragile et frêle. Néanmoins, il le considère comme la réalisation suprême de l’esprit médiéval. Ce qu’il ne sait pas, c’est pourquoi nous devrions nous en préoccuper, non pas comme un intérêt d’antiquaire pour un spécialiste, mais comme un système vivant.

Selon Lewis, ce sont les éléments constitutifs du système; ils incluent

un modèle syncrétiste non seulement de platonisme, d’aristotélisme et de stoïcisme, mais aussi d’éléments païens et chrétiens.

Pour comprendre le Tout, il faut rendre compte de tous les phénomènes. L’esprit moderne s’arrête à ce point: un homme est un païen ou un chrétien, un platonicien ou un aristotélicien. La mentalité moderne ne peut pas équilibrer cette dissonance cognitive et devient ainsi accro au démon de la dialectique, perdant son temps sur des arguments passionnels plutôt qu’une synthèse impartiale.

Bien que le Moyen Âge soit connu comme l’âge de la foi, Lewis concède que dans certains écrits – et il a probablement lu toutes les œuvres disponibles à l’époque – il ne peut pas déterminer avec certitude s’il a été écrit par un païen ou un chrétien. Il explique:

Leur cosmologie et leur religion n’étaient pas si facilement unis qu’on pourrait supposer. Au début, on peut manquer de le remarquer, car la cosmologie nous paraît, dans sa base fermement théiste et son accueil accoutumé au surnaturel, être éminemment religieuse. Et ainsi dans un sens elle l’est. Mais ce n’est pas éminemment chrétien. Les éléments païens qui s’y trouvaient impliquaient une conception de Dieu et de la place de l’homme dans l’univers qui, sans être en contradiction logique avec le christianisme, étaient subtilement en désaccord avec elle.

Ici, évidemment, il considère le christianisme du point de vue de la mentalité moderne, non pas comme les chrétiens de l’époque se voyaient. Plutôt qu’une énigme, nous voyons ici la preuve de la Tradition, construite à partir de la synthèse nordique-romaine décrite par Evola. Comme Guénon l’a souligné, au changement d’une tradition exotérique, l’élite enterrera des concepts de l’ancien vers le nouveau. Évidemment, l’esprit logique du moyen âge pourrait reconnaître une contradiction. Cependant, dans les écrits ésotériques, de telles énigmes ne sont pas rares. Pour les non-initiés, ils semblent être une erreur ou une pierre d’arrête. Un lecteur plus attentif y aura une compréhension différente. Ces contradictions sont censées forcer le lecteur à faire une pause et à réfléchir par lui-même. L’esprit moderne, si habitué à la propagande, ne peut qu’absorber tout ce qui entre dans sa vision du monde préconçue.

Le livre de Lewis mérite d’être lu pour son érudition et ses descriptions du modèle médiéval. Cependant, un livre semblable devrait être écrit du point de vue de la Tradition.

Néanmoins, le livre souffre d’un défaut fatal: Lewis considère le modèle dans le sens d’une théorie scientifique, c’est-à-dire comme une histoire probable au même niveau que des histoires probables concurrentes. C’est tout à fait faux. Les Médiévaux, et d’Aquin en particulier, étaient tout à fait conscients du statut logique ambigu d’une théorie physique dont le but est de « sauver les apparences ». Le modèle médiéval, au contraire, n’est pas une théorie du monde physique. C’est plutôt un enseignement ésotérique qui décrit les états intérieurs de la conscience et qui doit être lu comme tel.

Le modèle moderne – de la progression de la race humaine vers de plus en plus de liberté, d’égalité et de fraternité – est celui qui ne peut pas survivre à un examen attentif. « Médiéval » est utilisé comme une insulte signifiant l’ignorance et l’obscurité. En termes psychologiques, cela s’appelle de la Projection.

[1] http://www.gornahoor.net/?p=1941

Traduction de l’anglais « An Old Model of the Universe » par Cologero Salvo sur Gornahoor (http://www.gornahoor.net/?p=3545) publié le 16 décembre 2011.

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