Guénon: la trajectoire de sa vie

Pour ceux qui recherchent des indices d’une tradition initiatique en Occident, il est utile de suivre le chemin tracé par René Guenon. Nous pouvons laisser de côté toutes les rumeurs ou allégations, comme une mystérieuse initiation hindoue ou soufie. Son propre parcours parle par lui-même et il est absurde de le considérer comme une sorte de chimère. Les chemins qu’il a effectivement suivis sont ce qui compte, pas les chemins qu’il a « pu » étudier. Parmi les premiers qu’il a parcouru, il y en a trois que nous allons mentionnés.

Hermétisme

A la fin du XIXe siècle, Paris subit une sorte de renouveau hermétique qui attire le jeune Guénon. Il était le secrétaire de Papus, une des figures principales de ce renouveau. Il a ensuite abandonné ce mouvement pour causes de certaines questions doctrinales et le manque d’une initiation régulière. Cependant, gardez à l’esprit que c’est le premier élément qui l’a marqué.

Catholicisme

Il s’est ensuite impliqué dans les cercles catholiques, en épousant même une femme dévote. Il a écrit pour la revue Regnabit (« Il [le Christ] va régner ») et s’est impliqué dans un cercle qui comprenait le métaphysicien thomiste Jacques Maritain. Il a soutenu l’organisation Action Française, dirigée par Charles Maurras, qui comprenait des Positivistes et des Catholiques parmi ses membres. Fait intéressant, il a appuyé la condamnation de l’Action Française par le Pape Pie XI au motif que ce dernier était l’autorité spirituelle légitime.

Soufisme

Insatisfait de ses deux premiers sentiers, Guénon profita d’un voyage en Égypte après la mort de sa première épouse pour s’engager pleinement dans le soufisme. Comme nous l’avons souligné, ce n’était pas une conversion au sens classique du terme. Cet épisode impliquait une conversion intellectuelle et le jugement personnel que le soufisme fournissait une initiation plus « certaine » pour ses besoins. D’un point de vue ésotérique, l’abîme entre l’Europe et l’Egypte peut ne pas être aussi large que certains le pensent. Houston Smith décrit l’islam comme une religion sémitique construite sur la métaphysique platonicienne; il aurait pu avoir décrit la chrétienté médiévale de cette manière. De plus, le soufisme a aussi un élément hermétique qui lui est propre.

L’étape suivante

Suivons cette logique jusqu’au bout, du moins ceux d’entre nous qui prétendent suivre le chemin tracé par Guénon. Si les domaines jusqu’ici abordés – l’hermétisme et le catholicisme médiéval – semblent manquer une organisation initiatique contemporaine, comment pouvons-nous nous attendre à reconnaître une telle chose? Ces domaines évidents sont proches de nous dans le temps, la langue et l’histoire et sont bien documentés. On peut supposer qu’ils devraient être plus faciles à comprendre que des textes plus étrangers comme les Yoga Sutras de Patanjali. Guénon mentionne que le Roman de la Rose est un texte initiatique, quelque chose qu’on devrait pouvoir reconnaître.

Ne devrait-on pas voir tous les soi-disant traditionalistes se précipiter pour obtenir et interpréter ce travail? J’en doute, car beaucoup préfèreront apprendre les présumés secrets ésotériques des Runes. Je dis « présumé » non pas parce que les Runes n’avaient pas autrefois une telle signification, mais seulement parce que personne aujourd’hui n’a aucun moyen de connaître ces secrets.

Quels sont les indices que nous pouvons rechercher sur le Roman de la Rose? Tout d’abord, quand la Raison parle, cela est compris comme l’intellect supérieur, ou la gnose, quelque chose que peu d’esprits contemporains peuvent même concevoir. Le livre est apparemment sur l’amour profane, mais qui représente clairement une description d’un chemin spirituel, comme Dante, les Fideli d’Amore et les poètes soufis. Un site web néo-païen oubliable que j’ai lu suggérait que les Médiévaux avaient « inventé » Marie parce qu’ils n’avaient pas de déesses à proprement parler. C’est simplement une confession qu’ils ont eux-mêmes inventé leurs déesses néo-païennes.

Bien sûr, les Médiévaux connaissaient la Sophia et l’Anima Mundi, contrairement aux néo-païens. Le roman parle même des dieux, une page qu’ils ont probablement manquée. Ils font alors la prétention fatiguée que seuls quelques sorciers néo-païens ou druides peuvent le comprendre, tout en l’interprétant simultanément. Au contraire, Guenon écrit:

Les chrétiens du Moyen Âge, dont les intentions étaient toujours entièrement orthodoxes […].

Plus à l’Est, et c’est en train de se mettre au point, Guenon reconnaît que

L’hésychasme dont le caractère vraiment initiatique semble indiscutable. […] Dans l’hésychasme, l’initiation au sens strict consiste essentiellement en la transmission régulière de certaines formules, exactement comparables à la transmission des mantras dans la tradition hindoue et du wird dans le turuq islamique. Il contient aussi une technique complète d’invocations comme une véritable méthode de travail intérieur.

Guénon mentionne que cette tradition a probablement pu continuer en se cachant. Ne devrions-nous pas reconnaître, cependant, dans les écrits de Vladimir Solovyov, Valentin Tomberg, et Boris Mouravieff, tous venus de l’Est, un dévoilement de cette tradition ? Les éléments sont là: les invocations, le travail intérieur, la gnose, Sophia et ainsi de suite. Je sais qu’il y a ceux qui sont poussés par le sentimentalisme et une imagination subjective hyperactive qui s’étoufferait sur une telle pensée. Cependant, comme les Aghoris qui mangent le répulsif, je dis « Avalez ! ». Un homme sur le chemin ne s’arrêtera à rien à la recherche de l’illumination.

 

Traduction de l’anglais « Guenon : the trajectory of his life » par Cologero daté du 12 décembre 2011. Voir : http://www.gornahoor.net/?p=3529

 

Commentaire du traducteur :

La pertinence de ce texte, outre les considérations sur les voies initiatiques en rapport avec l’œuvre de René Guénon, est d’ouvrir un espace de discussion sur certains des aspects qui seront abordés sur ce blog éventuellement, principalement en lien avec la tradition chrétienne (romaine et orthodoxe) et hermétique. L’accent mis ici sur l’hésychasme est critique à la tradition chrétienne et fut conservé en orient dans l’Église Orthodoxe, bien qu’elle fût perdue dans le monde romain occidental.

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