Gnose Chrétienne : Jacob Boehme

J’étais un trésor caché et Je voulais être connu; par conséquent, J’ai créé la création afin d’être connu. ~ Hadith Qudsi

Origène, Denys l’Aréopagite, Jacob Boehme, Louis Claude de Saint-Martin, Vladimir Solovyov et Nicolas Berdyaev, par exemple, montrent dans leur travail un progrès très avancé dans la substance[1] nouant ensemble l’intelligence et la foi intuitive. ~ Valentin Tomberg

Jacob Boehme devrait porter le titre du plus grand Chrétien gnostique. Le mot gnose n’étant pas ici employé au sens hérétique de la Chrétienté des premiers siècles, mais de la connaissance qui se base sur la révélation tout en ne se préoccupant pas des concepts, mais plutôt des symboles et des mythes; la connaissance contemplative et non la connaissance discursive. C’est aussi une religion philosophique ou une théosophie. ~ Nikolai Berdyaev

Dans Christian Gnosis[2], Wolfgang Smith se révèle être un adepte de Franz von Baader dans la vague du théosophisme chrétien. C’est pourquoi il conclut son travail avec des idées de Paracelsus, Jacob Boehme et Maitre Eckhart. Smith interprète ce dernier comme étant la source distincte de la Trinité Chrétienne non dualiste, aucunement inférieur au non-dualisme des Vedantas. Cet article s’attaque au chapitre sur Jacob Boehme et au chapitre final sur la Trinité non dualiste de Maître Eckhart tiré de l’œuvre de Smith.

Jacob Boehme est un modèle d’ésotérisme pour l’Âge qui vient : il était un profane – un cordonnier de métier, tout comme mon grand-père – était marié et a élevé une famille. Pourtant, malgré les apparences simples, il vivait une profonde transformation spirituelle. Il essaya de vivre une vie simple; son premier livre a été distribué seulement à ses amis. Vers la fin de sa vie, il fut finalement capable de dédier son temps uniquement aux écrits spirituels grâce à de riches mécènes.

Excursus sur la Gnose

Berdyaev décrit les fondations de la Gnose de Jacob Boehme dans ce paragraphe :

Nous devrions être unis à la tradition théosophique et anthropologique de J. Boehme, en vérité à une théosophie et anthropologie chrétienne. Et, de plus, nous devrions l’être encore plus profondément avec la tradition ésotérique, le Christianisme caché. Mais le fruit des grandes traditions de Boehme et du Christianisme gnostique devrait être créateur, il devrait nous guider sur le chemin d’une connaissance d’une créativité active complètement nouvelle. L’homme moderne, recherchant Dieu et la vie Divine, a très peur de ses propres contenus mentaux et de la vraie connaissance, et la première réaction de sa volonté devient souvent anti-gnostique. Celui-ci admet seulement la possibilité d’une connaissance passive et abstraite. Il ne peut pas admettre que la connaissance soit un acte créateur, supportant la vie dans la lumière de ce monde, de la connaissance comme être et vie.  ~ Nikolai Berdyaev

La notion fondamentale est que la gnose est créatrice. La connaissance discursive, d’un autre côté, est passive et abstraite, c.-à-d., c’est quelque chose qui doit être absorbée telle qu’elle est. La Gnose est la connaissance du cœur[3]. Elle est créatrice au sens où le connaisseur doit élever le niveau de son être, et ce processus est créatif. En d’autres mots, il doit être l’artiste de sa propre vie, sa propre âme; c’est seulement de cette façon qu’il peut espérer atteindre la gnose.

La prochaine notion est que Boehme possédait une cosmologie et une anthropologie. Elles sont intimement liées, comme le macrocosme et le microcosme. En se connaissant soi-même, l’homme connaît le macrocosme, et en connaissant le macrocosme il se connaît. Ceci était plus entièrement développer par un des continuateurs de Boehme, Johann Gichtel, qui démontra que les planètes sont reliées aux états intérieurs ou « chakras ».

Bien sûr, ceci suppose une cosmologie traditionnelle qui implique les degrés d’existences suivants :

  • Minéral ou physique
  • Les plantes
  • Les animaux
  • L’intellect
  • Le céleste ou l’angélique
  • Le Divin

Ces états de l’être existent aussi à l’intérieur de l’homme, même si la majorité des gens vivent leurs vies au niveau des plantes et des animaux, avec des excursions dans l’état vraiment humain ou même peut-être des états supérieurs. En fait, croire que seulement les états minéral et physique existent est considéré comme une marque de haute intelligence et de bonne éducation. Donc, toute vie intérieure est perçue comme la résultante de procédés électrochimiques.

La section suivante de cet article résume brièvement le système de Boehme, afin de comprendre l’intérêt de Smith. Comme nous l’avons souligné, ce qui suit n’a rien d’une connaissance passive, abstraite et discursive pouvant être reçue passivement. Au contraire, il faut faire l’effort de ré-expérimenter la vision de Boehme dans votre propre conscience.

 

Le non manifesté ou l’abysse

Boehme avait une interprétation particulière de la métaphysique Traditionnelle. En commun avec elles, il commence par le non manifesté comme source de tous, puis décrit la Loi de Trois qui rend la manifestation possible, et la Loi de Sept indiquant le stage de cette manifestation.

Le non manifesté désire se révéler par la manifestation. L’univers est la résultante et le développement d’Une Grande Pensée. Toutes choses sont gouvernées par une loi centrale et tous les états de l’existence sont en relations. C’est la Loi des Correspondances.

L’abysse contient à la fois tout et rien, c.-à-d. tout potentiellement, mais rien de manifesté. Dans l’abysse se trouve une éternelle Volonté incréée. Elle désire être manifestée, être quelque chose.

La Volonté s’habille d’un Mirroir qui réfléchit toutes choses, les rendant manifestées. Le Mirroir est la Sagesse Éternelle, l’Idée Éternelle, la Vierge Sophia et la Mère Infinie, tandis que la Volonté est le Père Infini. Comme le Tao, Boehme décrit cette relation : Abysse => Dualité => Trinité.

Le Père et la Mère engendrent le Fils; ces énergies se répandent par l’Esprit Saint. Par l’union de la Volonté et de la Sagesse, le non manifesté devient manifesté, le latent devient actif.

Dans le système Guénonien, le non manifesté est le non-être, et l’Être est le premier principe. De plus, Boehme revendique que le non manifesté est Dieu tel qu’il est en lui-même. Le non manifesté est la fondation, c.-à-d., l’Être, qui est le Père. C’est similaire à la compréhension Palamite qui assume que le non manifesté est l’inconnaissable essence de Dieu, et le Père est l’énergie, ou l’Acte d’Être comme dans la métaphysique Thomiste. Le Logos concentre ces énergies, qui se répandent par l’Esprit Saint. Donc, la génération de toutes choses prend place et le non manifesté devient manifesté.

Évidemment, ceci ne doit pas être compris temporellement, puisque cette « génération » précède le temps en soi.

La Trinité

Dans le symbolisme de la croix, René Guénon décrit les trois gunas, qui sont « les qualités ou attributs essentiels, constitutifs et primordiaux de l’être envisagés dans leurs différents états de manifestation ». Boehme reconnaît également ces qualités. Il nomme deux de ces qualités le Feu et la Lumière. Ces principes contrastants existent en toutes choses. La troisième se manifeste dans notre nature externe. Ceci peut être résumé par :

  • Feu, Colère, Loi, Principe Sombre, Latent et non manifesté (non-être)
  • Lumière, Miséricorde, Amour
  • Manifestation ou Être

Le principe sombre est non manifesté et interprété comme l’aspect colérique ou vengeur de Dieu. Toutefois, l’homme a le libre arbitre, il peut donc vouloir le principe sombre. Un contraste est nécessaire afin d’éveiller la conscience. Ceci n’est pas un problème à condition qu’il soit transformé en Lumière ou en Principe d’Amour. Autrement, l’homme est dans la « fausse imagination », provoquant une incompréhension de Dieu et du Monde.

Dans d’autres traditions, ces principes sont appelés:

  • Brahma le créateur/Shiva le destructeur,
  • Ormuzd/Ahriman; et
  • Dieu/Diable.

Donc Vishnu est le conservateur, celui qui balance les deux principes. Cet équilibre requiert la connaissance et la sagesse acquises par l’expérience, il réconcilie la Loi et l’Amour. En poursuivant la vérité, l’homme transforme le mal en bien, autrement il devient un esclave du mal.

Cette polarité se produit dans tous les plans de la manifestation. C’est reflété par :

  • Positif/négatif;
  • Actif/passif;
  • Masculin/féminin; et
  • Action/réaction.

Cette polarité – ou sexe – est la loi de toute manifestation, la puissance créatrice de l’univers. C’est l’ordre cosmique et une déviation quelconque est le désordre.

Le Septénaire

Boehme affirme qu’il y a sept propriétés ou forces par lesquelles l’énergie Divine opère. Chaque propriété possède sa propre essence formant ensemble un tout harmonieux. Elles pénètrent toutes choses manifestées. Bien que Boehme parle d’elles comme étant séquentielles, elles opèrent simultanément, hors du temps. Voici ces sept qualités suivies de leurs noms :

  • Contraction: Le désir attire tout sur lui-même (Désir)
  • Friction: une force d’expansion créant une action double et une différentiation. Le désir devient multiplicité (Motion)
  • Sensibilité: Le mouvement rotatif de 1 et 2. La roue de la vie. (Sensation)
  • L’éclaire ou le feu: L’Esprit répand sa douce lumière, transforme le principe sombre, mettant fin au conflit
  • Amour ou lumière: l’amour unit, construit et harmonise le principe de la joie
  • Audibilité: Un son vital et intelligible. La manifestation de la Vie. (Intelligence)
  • Sagesse essentielle: rassemble les six points précédents en un tout harmonieux

La Contraction, la Friction et la Sensibilité forment le « principe sombre ». La Contraction est le désir qui attire les choses vers elles-mêmes; elle est rude, froide et pointue. Elle est une sorte d’attirance magnétique, coagulant le rien en quelque chose. La Friction est expansive et produit la différentiation. C’est le désir devenant multiplicité. La Sensibilité est la roue de la vie provoquée par l’action et la réaction de la Contraction et de la Friction. Cette roue est expérimentée comme une errance et une angoisse, qui s’amasse en une Essence. En d’autres mots, le premier principe est l’Attraction, puis la Répulsion et en résulte la Circulation.

L’éclaire est l’éruption de l’Esprit, qui transforme le principe Sombre par la diffusion de la Lumière. Cette éclaire met fin à la lutte entre l’Attraction et la Répulsion. C’est le début de la Conscience et de la Vie.

Ensuite l’Amour développe et harmonise les principes, apportant la joie et la perfection. L’Audibilité apporte l’intelligence. Finalement, la Sagesse apporte l’harmonie et la félicité.

Ce processus est le « Chef d’œuvre », le Magnum Opus, qui doit se réalisé en chacun de nous afin de réclamé notre nature originelle et « la grande transformation accomplis par Jésus Christ en sa Propre Personne. »

L’Univers créé

Le Paradis Incréé est parfait et complet et est une partie de Dieu. Cependant, l’Univers Créé est en dehors et séparé de Dieu. Par conséquent, il doit se développer à partir de l’incomplet vers le complet. Cette transformation n’enlève rien à Dieu, qui est Infinie, mais plutôt, l’enrichit.

Dieu crée à partir de sa propre nature et sa sagesse, en lesquelles toutes choses existent en tant que possibilité de manifestation. Ces choses créées se manifestent successivement dans le temps. La création est un Équilibre, l’harmonie des forces actives (Lumière) et des forces passives (Sombre) est complète.

La création se déploie en des cercles sans fin. À l’extérieur du cercle du paradis incréé se trouve le paradis créé ou le monde angélique. Il s’y trouve trois hiérarchies dirigées par Michael, Lucifer, et Uriel (correspondant au Père, au Fils et à l’Esprit Saint).

La chute de Lucifer

Malgré que le principe sombre soit passif et non manifesté en Dieu, et ne devient jamais actif, la possibilité du mal s’éveille dans des êtres libres. Un être libre peut choisir de se centrer sur l’égotisme naturel. C’est se maintenir au niveau de la contraction. L’être peut aussi se centrer sur un Centre Lumineux, la puissance expansive de l’Amour. Le mal et le désordre entrent dans ce monde lorsque la création devient centrée sur l’abaissement. Il devient plus fort lorsque le désir égocentrique s’enflamme. Au lieu de laisser la Lumière Divine réconcilier les forces opposées, elles sont stimulées et en résultent de l’angoisse. La vie devient lutte et anxiété.

Le mal entra dans le Cosmos lorsque Lucifer, à la tête de notre univers, devint centré sur lui-même et, conséquemment, rejeta l’ordre divin. La chute de Lucifer fut le résultat de la fierté et la poursuite d’une connaissance externe à Dieu. Il rejeta le sentiment d’humilité par rapport aux mystères divins. La curiosité et le désir de nouveauté devinrent dominants. Donc le mal, l’Enfer, et le principe sombre entrèrent dans ce monde.

Notre tâche personnelle est donc de réconcilier les extrêmes des forces Sombres et de la Lumière. Comme les Hermétistes l’ont enseigné, cette tâche est nécessaire à un rétablissement de la Materia Prima, l’élément d’immortalité. Il peut alors être modelé par la volonté à des fins créatrices, sans peine douloureuse, « transformant le travail en jeu ».

Cette transformation doit débuter par la connaissance de soi afin de reconnaître les tentations Lucifériennes dans notre âme. Ceci devrait être facile, puisque Lucifer est le Prince de ce Monde.

La Chute d’Adam

La Terre se situait spirituellement dans la sphère de Lucifer. Lucifer sépara le monde entre l’Obscurité et la Lumière, séparant la Colère de Dieu et l’Amour de Dieu, rendant l’équilibre difficile. Le monde devint dense et brut.

Comme nous l’avons déjà souligné, l’homme n’est pas qu’un « animal rationnel », mais plutôt un être composé d’éléments de toutes choses. Il a donc les capacités de connaître les choses sur tous les niveaux, incluant le physique et l’astral.

La race humaine était éthérée, et à ce moment Adam était un être lumineux imprégné d’une essence céleste. Sa conscience était innocente, sans connaissance du mal, sans avarice, fierté, envie ou colère. Le corps d’Adam n’était pas dense, puisque la vie intérieure était maîtresse du corps. La vie intérieure d’Adam était en contact avec le Paradis; il pouvait communiquer avec Dieu, les anges et la nature. Son être était triparti, s’harmonisant les unes avec les autres :

    • Esprit: principe lumineux;
    • Âme: principe sombre; et
    • Corps: le monde des sens formé par l’union entre le principe lumineux et le principe sombre.

Néanmoins, la vertu requiert la possibilité du vice et l’expérience de la tentation. Alors Adam était tenté par Lucifer, décentrant son attention vers le monde. Il était tenté d’expérimenter la paire des opposées, troublant alors son état d’Équilibre. C’était la Chute dans la dualité : l’expérience de l’obscurité et de la lumière chacune isolément.

Conséquemment nous avons comme tâche de réconcilier ces principes opposés. Contrairement à la Chute de Lucifer, Adam ne désirait pas réellement s’opposer à Dieu, mais désirait simplement faire l’expérience des plaisirs terrestres. En ceci se cache notre indice vers le chemin du retour.

Adam et Ève

Originairement, Adam était une dualité unie, incluant Ève. Boehme décrit Adam-Ève comme ceci :

Adam était un homme et aussi une femme, et pourtant aucunement distinct, mais une vierge chaste, modeste et pure, c’est-à-dire l’image de Dieu.

Le sommeil profond d’Adam réfère à son oubli du monde angélique; il s’éveilla alors au monde extérieur, séparé d’Ève. Il a perdu sa conscience unitive dans la pensée dualiste. Ils mangèrent le fruit de l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, devenant sujets à la mort, la décadence et la corruption. Faisant maintenant partie du monde sidéral (c.-à-d., sous les étoiles), ils perdirent la conscience des choses supérieures.

En raison de Lucifer et d’Adam, même la nature devint brute. Dans le monde il y a un mélange ou une alternance des deux principes d’Obscurité et de Lumière. Il y a des tempêtes et des températures merveilleuses, des plantes empoisonnées et des fruits délicieux; des bêtes sauvages et des animaux nobles. La malédiction, la décadence, la corruption et la mort luttent avec la bénédiction, la grâce, la santé et la vie.

L’homme a sombré vers l’animal sur les plans de l’existence, tendant vers le bestial. Ses dispositions intérieures sont comme celles de l’animal. L’homme doit extraire ces instincts pour devenir complètement humain et rétablir l’image de Dieu. Adam aurait dû rétablir la création à l’ordre, après la chute de Lucifer. Malheureusement, il est incapable de rétablir l’Équilibre entre les forces opposées. Le Christ, second Adam, en tant que Seigneur de la Création, rétabli l’homme dans sa dignité originelle.

Expiation et Rédemption

Jésus était un Être Humain Divin possédant l’essence de Dieu et de Marie; il combinait la partie la plus haute du masculin (la puissance) avec le meilleur attribut du caractère féminin (la tendresse). Le Christ est le Fils de la Vierge Marie, mais aussi la Vierge Céleste qui s’était unifié à Marie.

Où Adam avait concentré son imagination sur le bas monde, Jésus concentra son imagination entièrement sur le Père assujettissant le principe bas au principe haut, rétablissant l’équilibre. Le corps ressuscité est le corps paradisiaque, qui disparut éventuellement (ascendant vers le Paradis). Le Paradis n’est pas un endroit distinct, mais interpénètre l’univers physique. Ceci est caché à la vue normale.

La régénération par l’Esprit Saint est requise pour l’Équilibre. Ceci requiert, non seulement une foi historique en Jésus, mais aussi une transformation interne. L’homme doit oublier les principes sombres et le monde (la luxure et l’appétit). Le principe Lumineux fut perdu avec Adam, mais regagné grâce au Christ. La prière est le moyen de survoler rapidement le centre de la nature. La volonté et le désir y deviennent un. Il est nécessaire d’être premièrement en harmonie avec la Volonté Divine, puis d’être dans une union consciente en connaissance de Dieu.

Sur terre, l’âme est déjà soi au paradis soit en enfer. Elle ne « va » donc pas quelque part après la mort, le destin de l’âme est déterminé au moment de la mort et ne peut être changé. Toutefois, les esprits dans une condition semi-régénérée peuvent ultimement atteindre le paradis après une période de purgatoire.

La création était l’acte du Père, l’Incarnation était l’acte du Fils, l’Esprit Saint entraînera la fin du monde. Ceci apportera la conscience non dualiste et nous rappelle Joachim de Flore[4].

Nondualisme

Wolfgang Smith, donc, interprète la théosophie de Boehme d’une manière non dualiste. Le Christ est le Dieu Incarné qui se révèle. Ceci se produit à plusieurs niveaux :

    • Sur le plan de la nature éternelle comme étant la somme du cycle septénaire;
    • Sur le plan de l’histoire de l’humanité comme étant Jésus de Nazareth; et
    • Dieu s’incarne en tous ceux qui sont nés dans le Christ.

Le premier est créatif et le second est rédempteur, c.-à-d., la restauration d’un état qui fut perdu. L’homme et le cosmos sont un flux, une sorte de « samsara », qui s’accomplira dans le Royaume de Dieu.

Smith conclut ce chapitre avec trois questions :

    • Est-ce que la doctrine de Boehme diffère de la Kabbale ?
    • Est-ce Trinitaire?
    • Est-ce Non dualiste?

La réponse à la première question est un Oui qui demande des ajustements. Mais le plus intéressant est l’idée de la Trinitarité Non dualiste dont Smith fera plus entièrement la démonstration dans ses deux derniers chapitres sur Maitre Eckhart. Plus spécifiquement, la Délivrance ne se limite pas seulement au fait de connaître le Père transcendant, mais de connaître le Père et le Christ. C’est seulement un acte de connaissance, et non deux, et il est incarnant ainsi que transcendant. L’Union Mystique est l’Identité Suprême, ou comme Boehme le décrit :

Ce qui est vidé de sa volonté est un avec le non manifesté… qui est Dieu lui-même.

Post-scriptum sur le développement personnel

J’ai évité de discuter des choses qui sont le plus discutées : la vie et la sainteté de Boehme, ses Siddhis, les sources de ses doctrines ou si elles sont hétérodoxes. C’est à dire, le besoin d’être compris, si possible, intérieurement, dans une vie consciente [sic].

Ceci est clairement difficile en raison des chutes de Lucifer et d’Adam. Nous avons perdu notre droit à la naissance du don de compréhension du transcendant dû à notre attachement aux charmes de ce monde en procession. Voici quelques exercices d’éveil de la conscience que vous pouvez essayer à la maison.

    • Lucifer a échangé un intellect centré sur Dieu pour un centré sur le monde. La ruse, la tromperie, la curiosité oisive, etc. ont remplacé la créativité authentique. Voyez The Intellectual Center [5] pour les distinctions entre les fonctions de l’intellect les plus hautes et les plus basses;
    • Adam a rejeté une vision intégrale pour une connaissance dualiste et un attachement au monde naturel. Il entra dans le monde du Conflit au lieu de celui de l’Amour, tout en assumant qu’il pouvait demeurer du côté «plaisant» de la dualité;
    • Dans cet état, il est assumé que seulement le monde physique existe et que tous les problèmes possèdent une solution matérielle ou scientifique. La simple idée d’une quête pour une conscience supérieure est rejetée; et
    • Par son attachement à l’acte de reproduction sexuel et autre substitut de simulations, il trouve difficile de recentrer son attention vers le haut. Cette même énergie sexuelle pourrait être utilisée afin d’achever l’intégrité originelle, ou le mariage alchimique, ou même, comme Dante et Béatrice, achever l’union mystique.

Ces aspects de la conscience doivent être expérimentés personnellement. C’est seulement si nous sommes éveillés à notre état d’être déchu que l’idée de rédemption peut avoir un sens.

Traduit de l’anglais à partir  de « Christian Gnosis : Jacob Boehme » par Cologero paru le 6 octobre 2016 à cette adresse : http://www.gornahoor.net/?p=8750


[1] La « substance » signifie ici le principe passif, la puissance ou la prakriti hindoue et non la substance entendue au sens moderne de simple matière pouvant être mesurée. Pour plus d’informations à ce sujet voir Le règne de la quantité de René Guénon.

[2] https://www.amazon.ca/Christian-Gnosis-Saint-Meister-Eckhart/dp/1597310921

[3] Le cœur est le siège de l’intellect dans les traditions européennes. C’est par sa proximité au principe de vie (dont l’âme est l’élément anthropologique) qu’on peut faire un rapprochement avec l’intellection pure, ici gnose, qui est « créateur et vie ». À ce sujet, voir les Pères de l’Église ou la tradition soufie.

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim_de_Flore

[5] http://www.meditationsonthetarot.com/intellectual-center

Une réflexion sur “Gnose Chrétienne : Jacob Boehme

  1. Ping : Courte réflexion sur l’humilité – ad altiora tendo

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