La moralité de Noël

La moralité est une affaire très délicate dans une société extrêmement « moralisatrice ». Je prie mes lecteurs d’avoir de la patience avec moi alors que je tente d’expliquer ce que je pense être le problème. Tout d’abord, je noterai que la morale est tout ce qui reste quand les motifs les plus fondamentaux d’une culture ont été détruits. Nous vivons en effet dans un tel temps, d’où la montée d’une véhémence dans la vie morale. Deuxièmement, je vais suggérer qu’en tant que Chrétien, ce que nous cherchons à accomplir, c’est d’être de moins en moins moraux afin de plutôt ancrer nos vies dans ce qui est – tout cela exige une explication.

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Un savoir terrible

La mythologie grecque a fait de la curiosité de Pandore la cause première de la souffrance dans le monde. Elle ne peut résister à l’attrait de découvrir ce qui se trouve dans une boîte qu’on lui dit de laisser fermée. En ouvrant la boîte, elle libère la douleur et la souffrance dans le monde. Nous, les humains, sommes une espèce curieuse. Nous voulons tout savoir sur nos activités et beaucoup sur ce qui n’est pas notre affaire. Dans un monde qui a profondément intériorisé la notion que tout est une démocratie, nous ne pouvons supporter d’entendre que ce n’est pas tout le savoir et la connaissance qui nous sont destinés.

Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu’au troisième ciel; si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait. (2 Co 12: 3-4)

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Impulsion, dépendance et les passions

Il ne devrait pas être surprenant pour ceux qui sont familiers avec les luttes individuelles de réaliser que l’impulsion soit le fondement du problème. En termes techniques, il y a une certaine corrélation fondamentale entre la dépendance et l’impulsion. Les gens qui sont impulsifs sont plus vulnérables de développer des comportements liés à la dépendance, parce qu’ils tiennent peu compte des conséquences négatives[1] ou, pour être plus précis, ils préfèrent un soulagement immédiat au lieu d’un délai, un assouvissement instantané à une satisfaction basé sur le long terme. Être impulsif signifie agir sans prévoyance. Et même si ceux qui luttent pour se libérer d’une dépendance savent très bien que ne pas suivre leurs impulsions est plus bénéfique à long terme que de capituler, lorsque la tentation survient, la prévoyance qui nous motive devient une tâche presque impossible, alors l’impulsivité nous submerge. L’impulsivité dans sa forme pathologique peut être définie comme « l’incapacité de réguler, d’être à l’écoute ou de contrôler un comportement ou une émotion »[2].

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L’Esprit de Joseph de Maistre

Joseph de Maistre était un Hermétiste (de l’école de Martines de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin), Traditionaliste, Réactionnaire, Européen, et une source de l’Idée russe. Pour sa défense, Julius Evola inclut Maistre parmi ces hommes bien élevés ayant des idées saines et normales d’avant la Révolution française. Dans ce bref commentaire des Soirées de Saint-Pétersbourg, Evola révèle encore sa haute estime pour Maistre, malgré leurs désaccords fondamentaux sur la religion et la providence.

Dans «Materalism and the Task of Anthroposophy», Rudolf Steiner dit ceci au sujet de Joseph de Maistre :

Avec Maistre, une personnalité du plus grand génie imaginable, d’une spiritualité incontestable, mais Catholique Romaine jusqu’au bout des ongles, apparait sur la scène.

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Le symbolisme de la croix de Gaspé et Jacques Cartier

Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. – Marc Augé

On ne devient homme véritable qu’en se conformant à l’enseignement des mythes, en imitant les dieux. – Mircea Eliade

Les colons scandinaves, en prenant possession de l’Islande (land-nâma) et en la défrichant, ne considéraient cette entreprise ni comme une œuvre originale, ni comme un travail humain et profane. Pour eux, leur labeur n’était que la répétition d’un acte primordial, la transformation du Chaos en Cosmos par l’acte divin de la Création. – Mircea Éliade

Le XXIIIIme jour dudict moys, nous fismes faire vne croix, de trente piedz de hault, qui fut facte devant plusieurs d’eulx, sur la poincte de l’entrée dudit hable, soubz le croysillon de laquelle mismes vng escusson en bosse, à trois fleurs de lvs, et dessus, vng escripteau en boys, engravé en grosse lettre de forme, où il y avait, Vive le Roy de France. […] Et après qu’elle fut eslevé en l’air, nous mismes tous à genoulx, les mains joinctes, en adorant icelle devant eulx, et leur fismes signe, regardant et leur monstrant le ciel, que par icelle estoit nostre redemption, dequoy ilz firent plusieurs admyradtions en tournant et regardant icelle croix.  – Jacques Cartier

Nous avions mentionné dans un article précédent que le lieu anthropologique était entendu, chez Augé, comme un endroit qui avait été investi symboliquement pour y donner un sens, pour l’ordonner. Les conséquences d’une anthropologisation d’un lieu se reconnaissaient dans trois caractéristiques : identitaire, relationnel et historique. L’anthropologisation d’un lieu est une démarche humaine, symbolisatrice, qui tire ses racines d’une perspective spirituelle et cosmique. Nous allons étudier ces deux éléments en utilisant la Croix de Gaspé comme objet d’interprétation.

 

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Le Dieu matériel

Dans mon article précédent[1], j’ai utilisé l’exemple du savoir kinesthésique (comme dans la bicyclette) comme moyen de décrire l’expérience noétique, le moyen de connaître Dieu par la communion avec Lui. Il est intéressant de noter que l’exemple est assez matériel et banal. Ce n’est pas une méditation ésotérique, exotique ou technique. C’est si simple que nous le savons sans savoir que nous le savons. Comme je tape cet article, mes doigts « savent » comment épeler des mots. Je l’ai découvert récemment alors que j’étais assis avec un crayon pour écrire quelque chose (une méthode rare pour moi maintenant), et que j’avais du mal à épeler certains mots. En même temps, je me suis rendu compte que je pouvais dactylographier exactement les mêmes mots sans difficulté. Mes doigts connaissent et se souviennent des choses avec lesquelles mon esprit conscient lutte.

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Un savoir salvifique

J’ai souvent utilisé l’exemple de la bicyclette comme une image pour connaître Dieu. Il n’y a aucune difficulté à apprendre à rouler si cela ne vous dérange pas de tomber pendant un moment. Mais peu importe combien d’années vous avez monté, vous ne pouvez pas décrire en mots, pour quelqu’un d’autre, comment vous savez ce que vous savez par rapport à cette activité. Mais vous le savez. Je soupçonne également que si vous pensiez trop à la bicyclette pendant que vous la montée, vous pourriez gâcher votre concentration et tomber.

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