Dans sa compassion

Parmi les plus grands mystères du Nouveau Testament sont ceux qui entourent la Mère de Dieu. Un grand segment du christianisme moderne est devenu sourd à ce sujet, résultat de siècles d’antagonisme envers certains aspects de l’ancienne tradition. C’est une surdité qui me fait mal au cœur, principalement parce qu’elle représente un grand fossé dans une plus large expérience de la foi. Quelques années après ma réception dans l’église orthodoxe, un ami de mon passé anglican m’a demandé si je pensais parfois à revenir. Il n’avait aucune idée de l’étrangeté de cette pensée pour moi. Mais dans mon esprit, la première pensée était l’absence de Marie. Je pense avoir dit quelque chose à l’effet que je ne pourrais jamais envisager de quitter « ma mère ».


Je ne sais pas ce que ceux qui sont étrangers à Marie s’imagine par rapport à la vie des chrétiens orthodoxes ou catholiques. Je ne peux pas parler pour les catholiques (ils sont plus que capables de parler pour eux-mêmes). Tout d’abord, je sais qu’il n’y a rien, même à distance, comme le culte accordé à Marie. Toute l’expérience du principe de vénération semble avoir été perdue dans la pensée protestante. J’utilise souvent des exemples de sentiment patriotique, ou de telles expériences inadéquates, pour suggérer des analogies. Mais, en vérité, c’est une expérience qui n’a pas de parallèle.
D’une part, je n’ai aucune conception de Marie en dehors du Christ. Elle n’est pas quelqu’un « en soi », isolée. Le titre traditionnel affirmé par le 3ème Concile œcuménique est « Theotokos », c’est-à-dire « qui a enfanté Dieu ». De la même manière, nous disons du Christ qu’il est « né de la Vierge Marie ». Le Christ est le Dieu devenu homme et son humanité est complètement issue de Marie. Il est l’os de ses os et la chaire de sa chaire. C’est la nature de notre humanité : si nous parlons de son corps et de son sang, nous ne pouvons pas le faire d’une manière qui exclut la mère de cette réalité.

 

Mais dire cela peut facilement se perdre dans les mots de la doctrine. La doctrine est toujours une discussion de la réalité, et nous voulons la réalité plutôt que les mots. Le Corps et le Sang du Christ ne sont pas une abstraction. Ils sont une douce chaleur dans l’expérience du croyant. Comment décrirais-je au non-chrétien l’expérience de la communion? Il n’y a pas de mots qui pourraient se substituer à ce goût singulier.
La plus ancienne dévotion à Marie peut être trouvée dans les paroles d’un hymne qui est documenté pour avoir existé et chanté avant le milieu du 3ème siècle. Il demeure un hymne très important dans l’Orthodoxie à ce jour:
Sous votre compassion,
Nous nous réfugions, O Theotokos:
Ne méprisez pas nos pétitions en temps de trouble;
Mais sauvez-nous des dangers,
Toi seule qui est pure et bénie.

Quiconque pourrait suggérer que cet hymne représente une certaine importation païenne est simplement ignorant historiquement. Le 3ème siècle est le grand siècle des martyrs où l’Église était en conflit constant avec le paganisme officiel de l’Empire. Il n’y a pas de légitimité historique à cette période qui pourrait justifier une revendication de paganisation de la foi. Honorer Marie, y compris demander ses intercessions, était parfaitement normale dans l’esprit de l’Église primitive.

 

Mais quel cœur avait d’abord prononcé ce cri à la compassion des Théotokos? Comment l’Église a-t-elle appris une telle chose? Cette compassion est bien décrite, car elle a été prophétisée dans l’Ecriture.
Au moment de la présentation du Christ au Temple (à l’âge de 40 jours), Marie est avertie du rôle de ce dernier à venir en Israël, et a dit qu’«une épée transpercera aussi votre âme» (Lc 2, 34-35). C’est plus qu’un chagrin maternel. Son union avec le Christ, exprimée dans les paroles de son innocente humilité, la rendait particulièrement vulnérable à la Croix. Christ est blessé pour nos transgressions, mais elle est blessée aussi. L’instinct et l’expérience de l’Église disent qu’elle est vulnérable aux souffrances de tous.
Le mot traduit « compassion » (εὐσπλαγχνία) est lui-même à noter. Il semble être un effort grec pour traduire un mot hébreu (רַחֲמִים rachamim) et indique une douleur profonde identifiée par l’utérus. C’est le cœur très profond de la souffrance maternelle.

 

Je soupçonne que la peur de cette expérience et de cette connaissance est motivée par l’accusation séculaire du « culte de Marie », ainsi que par l’idée que tout ou n’importe qui, honoré à la place de Dieu, représente une compétition pour Dieu et dénigre sa gloire. Les gens pourraient discuter la forme que l’honneur a prise au cours des siècles (icônes, bougies, hymnes, prières, etc), mais à aucun moment il y a eu une intention d’offrir un culte. En effet, ce serait condamné comme la pire des hérésies.
Mais nous avons oublié l’ancienne philosophie chrétienne d’honneur et de vénération. Les Ecritures ne décrivent nulle part Dieu comme « seul ». Au contraire, il est constamment décrit comme le Seigneur Sabaoth (une foule immense). Le Dieu qui s’est fait connaître dans le Christ est un Dieu relationnel qui est lui-même décrit comme « amour ».

L’honneur et la vénération donnée aux saints dans l’Église est simplement l’expression liturgique de l’amour. Ce n’est pas un culte. Des générations de chrétiens, cependant, se sont éloignés de la cour du Christ et ont cru que le Royaume était comme une démocratie, c’est à dire un Roi sans son entourage. Ils ont oublié la place de la mère du roi et l’honneur dû à ses camarades. En bref, nous avons perdu toute révérence dans notre rapport spirituel et nous sommes devenus étrangers au ciel.
Dieu est un Dieu généreux, prompt à pardonner. Il ne nous a pas permis de détruire l’ethos ou le témoignage des successeurs des Apôtres. La réalité de Son ciel demeure. Nous pouvons retrouver ce qui a été perdu, en commençant peut-être par un examen minutieux de la doctrine et de la pratique impliquées (sans passions et erreurs de caractérisation).

Mais seul le temps et l’usage guérissent ce qui est essentiellement une question relationnelle.
Peut-être que réciter les mots de cet hymne antique qui a trouvé sa place sur les lèvres des saints à travers les âges serait un bon endroit pour commencer.
Nous avons besoin de tous les amis que nous pouvons trouver!
Écrit en l’honneur de la fête de l’entrée de la Mère de Dieu dans le Temple, le 21 novembre

 

Traduction de l’anglais « Beneath Her Compassion » du Père Freeman (19 novembre 2016)

Beneath Her Compassion

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