Ce qui est caché à la vue et la fausse accusation

Au temps de leur visite, ils brillent et courent comme des étincelles dans le chaume. (Sagesse 3: 7)
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On raconte une histoire où saint Macaire avait été faussement accusé d’avoir engendré un enfant par une jeune femme dans un village. Après avoir été battu et humilié par la populace, il est retourné à sa cellule, a rassemblé tous les tapis et paniers qu’il avait faits et a donné des instructions pour qu’ils soient vendus, afin que l’argent fut donné « à ma femme ». Il fut plus tard acquitté du crime pour lequel il avait été faussement accusé.
Le disciple de saint François, frère Juniper, a été faussement accusé de vol, de meurtre et de plusieurs de ces crimes. Il a immédiatement avoué qu’il était coupable de tout. Il a été sauvé à la dernière minute de sa pendaison par l’intercession des frères.
Nous sommes tous faussement accusés.


Cela peut sembler surprenant, puisque la plupart d’entre nous portent un niveau constant de culpabilité modérée. Et bien que nous n’osions pas aller jusqu’à Frère Juniper et nous soumettre à la pendaison, ou accepter de soutenir un enfant pour qui nous n’avons aucune responsabilité, néanmoins, nous acceptons généralement un certain niveau de culpabilité et silencieusement tâchons de nous améliorer.
« Je ne peux pas croire que j’ai fait ça! À quoi est-ce que je pensais ? »

 

Nos vies sont un étrange mélange de vertu et de vice. Alexandre Soljénitsyne a dit que la ligne entre le bien et le mal ne s’étendait pas entre les nations, ni même entre les groupes ou les individus, mais dans chaque cœur humain. Une partie de notre cœur accuse l’autre, et avec juste raison. Mais nous sommes également accusés faussement.
Nos passions nuisent à notre jugement (et la culpabilité peut effectivement agir comme une passion). Nous ne pouvons pas nous juger précisément parce que nous ne voyons pas la vérité (ni même de nous-mêmes). De même, nous ne pouvons pas et ne devons pas juger les autres correctement. Nous sommes tout simplement des juges incompétents.
Soljénitsyne a raison, cependant. La ligne de démarcation ne court pas entre nous, mais en nous. Sergius Bulgakov une fois a suggéré que la parabole des moutons et des chèvres est incorrectement appliquée à l’individu par rapport à un autre, et devrait être appliquée au cœur de chaque individu. Cela coïncide avec les pensées de saint Grégoire de Nysse sur le salut dans lesquelles le jugement existe pour détruire nos péchés et nos fautes et nous rendre à notre vraie nature. Je laisserai cet argument à d’autres (car il y en a beaucoup qui ont abordé ce sujet avec une grande éloquence).
J’ai erré dans les confins du cœur pendant très longtemps, à la fois le mien ainsi que celui d’autres personne. Si vous évitez le jugement, vous trouverez une vaste réalité, à la fois bonne et mauvaise, sombre et légère. Je n’ai jamais rencontré un cœur qui est entièrement sombre, bien que dans certains cas la lumière était en effet assez faible et isolée. J’essaie toujours de me rappeler que le Christ est la Lumière et que les ténèbres ne le vainquent pas. Le Christ est le berger de la lumière. Un des premiers titres chrétiens pour les croyants était « les enfants de la lumière ».
Le Christ connaît ses moutons et nous appelle chacun par notre nom. La plupart d’entre nous ne connaissent pas encore notre nom. Aider quelqu’un à apprendre son nom (et l’apprentissage du mien) est l’art pastoral. C’est l’œuvre de Jésus.

 

Ceux que nous ne pouvons pas aimer sont étrangers à nous. Quand nous ne sommes pas en mesure de reconnaître un autre, c’est simplement un symptôme que nous les voyons à travers les ténèbres de notre propre cœur. Le Christ connaît ses brebis et voit la vérité de notre être.
La profondeur de la vie humaine est souvent obscurcie par notre compréhension moderne. Dans beaucoup de traitements chrétiens contemporains, nous sommes considérés simplement comme un intellect avec une volonté. Nous pensons. Nous choisissons. Et beaucoup sont prompts à prononcer des jugements sur les autres en raison de leurs choix. En effet, pour certains, le dernier choix dans la vie remplace tous les choix antérieurs: « l’arbre git où il est tombé ». C’est une approche profondément réductionniste des êtres humains, nous rendant plats, sans profondeur allant au-delà de la surface la plus superficielle de nos décisions.
Les Ecritures suggèrent quelque chose de tout à fait différent. On nous dit que notre vie est « cachée avec le Christ en Dieu » (Colossiens 3: 3). On nous dit que ce que nous serons « n’est pas encore apparu » (1 Jean 3: 2). On nous dit que nous recevrons « un nouveau nom écrit sur une pierre que nul ne connaît, excepté celui qui la reçoit » (Apocalypse 2:17). Ce secret est semblable à d’autres thèmes dans le Nouveau Testament. L’évangile lui-même est un mystère, caché des âges. Le christianisme est « apocalyptique[1] » dans son caractère, c’est-à-dire qu’il est révélateur, faisant connaître ce qui est caché.
Bien sûr, il est difficile de vivre dans un monde où la vérité de notre réalité est cachée.

 

Il y a un thème, non limité au seul christianisme, qui voit la conscience spirituelle comme un « réveil ».
C’est pourquoi il est dit: « Réveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts et Christ te donnera la lumière. » (Ep 5, 14)
Se réveiller est à la fois de voir ce qui est là, mais aussi de discerner ce qui pourrait être caché. Une véritable sentinelle doit se livrer à plus qu’un regard rapide.
La vie dans un monde dont la vérité est cachée est souvent calme. Elle est beaucoup plus marquée par l’écoute que par la parole. Elle présume sa propre ignorance et attend avec émerveillement ce qu’elle ne sait pas. Nous y sommes fréquemment surpris.
Considérez l’âme de saint Macaire. Confronté à une fausse accusation, il répond avec extrême humilité et accepte de supporter les conséquences injustes. Quel genre d’âme peut faire une telle chose ? Cela signifie non seulement supporter un fardeau financier (dur sur un moine du désert), mais silencieusement porter la condamnation de toute la communauté. (Ce scénario fait partie du procès final du protagoniste d’un roman russe récent, Laurus). En vérité, si Macarius avait agi par de nobles intentions, il aurait facilement causé des dégâts à son âme (et celle de son accusateur). Au contraire, en lui-même, il reconnaît, ou devient le pécheur qu’il est accusé d’être. Cela est vrai, même dans le Christ, quand il est bien compris.

 

Le Christ ne meurt pas simplement en notre nom, ou au lieu de nous, il devient le péché pour détruire le péché (2 Co 5:22). Christ est sans péché, et pourtant il devient péché. Il n’y a rien de « noble » dans une telle action; la noblesse serait une accusation profondément injuste. C’est de l’amour désintéressé et inconditionné.
Saint Macaire s’est vidé de toutes les prétentions à la justice en épousant la fausse accusation et, ce faisant, a détruit ce qui était faux. Il embrasse l’iniquité qui est cachée en lui-même, afin que Dieu puisse le défendre avec sa propre justice. C’est la nature de la vraie vie cachée.
Ce qui est le plus évident n’est jamais l’histoire complète, soit sur nous-mêmes ou les autres. Le Christ nous invite dans la plénitude de sa vie, à vivre en union avec toute l’histoire, peu importe à quelle profondeur elle peut se cachée. Au fond de l’âme se trouve un chant de grâces illimitées.

 

[1] Le terme apocalyptique est issu d’un terme grec qui rendrait compte, pour le texte, d’un caractère de « révélation de ce qui a été caché » et non pas d’une « fin du monde ». D’ailleurs le terme anglais pour le livre de l’apocalypse est « Revelation », c’est-à-dire « révélation ». Le Père Freeman a souvent parlé de ce sujet ailleurs.

 

Traduction de l’anglais « Hiding in Plain Sight and the False Accusation » du Père Freeman (15 novembre 2016).

https://blogs.ancientfaith.com/glory2godforallthings/2016/11/15/hiding-plain-sight-false-accusation/

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