Un éclaircissement sur l’individualisme

Tout comme le matérialisme, l’individualisme nous semble être incompris par nos contemporains, il est trop souvent confondu avec l’égoïsme ou l’égocentrisme. Si l’individualisme est mal compris, c’est probablement dû au fait qu’il est un produit de notre époque et était beaucoup moins omniprésent dans des sociétés possédant un exotérisme provenant d’une tradition légitime. Ayant perdu la connaissance du sacré il est évidemment difficile pour nous d’imaginer qu’il peut exister quoi que ce soit de supérieur à l’homme. Voyons ce que René Guénon a écrit sur le sujet :

Ce que nous entendons par « individualisme », c’est la négation de tout principe supérieur à l’individualité, et, par suite, la réduction de la civilisation, dans tous les domaines, aux seuls éléments purement humains; c’est donc, au fond, la même chose que ce qui a été désigné à l’époque de la Renaissance sous le nom d’« humanisme », comme nous l’avons dit plus haut, et c’est aussi ce qui caractérise proprement ce que nous appelions tout à l’heure le « point de vue profane ». ~ René Guénon – La crise du monde moderne, Chapitre V

L’individualisme est donc le fait de tout réduire à l’homme et d’affirmer qu’il n’existe rien au-delà de cet état qu’est l’humain. C’est l’affirmation que chaque homme est une fin en soi et qu’il n’existe aucun principe supérieur à ceux définissables par la raison humaine, nous pouvons donc constater qu’il y a un lien très étroit entre l’individualisme et le matérialisme.

Avec la révolte de l’individu, toute conscience du monde supérieur est perdue. La seule vision omnicompréhensive et certaine qui demeure est la vision matérielle du monde, la vision de la nature comme extériorité et comme phénomène. Les choses vont être vues comme elles ne l’avaient encore jamais été. Il y avait déjà eu des signes avant-coureurs de ce bouleversement, mais il ne s’agissait, en réalité, que d’apparitions sporadiques, qui n’étaient jamais devenues des forces formatrices de la civilisation. C’est maintenant que réalité devient synonyme de matérialité. Le nouvel idéal de la science concerne uniquement ce qui est physique pour s’épuiser ensuite dans une construction: ce n’est plus la synthèse d’une intuition intellectuelle illuminante, mais l’effet de facultés purement humaines en vue d’unifier de l’extérieur, « inductivement », par tâtonnement sporadique et non par une vision, la variété multiple des impressions et des apparitions sensibles, pour atteindre des rapports mathématiques, des lois de constance et de séries uniformes, des hypothèses et des principes abstraits, dont la valeur est uniquement fonction d’une possibilité de prévision plus ou moins exacte, sans qu’ils apportent aucune connaissance essentielle, sans qu’ils découvrent des significations, sans qu’ils conduisent à une libération et à une élévation intérieures. Et cette connaissance morte de choses mortes aboutit à l’art sinistre de produire des êtres artificiels, automatiques, obscurément démoniaques. A l’avènement du rationalisme et du scientisme devait fatalement succéder l’avènement de la technique et de la machine, centre et apothéose du nouveau monde humain. ~ Julius Evola – Révolte contre le monde moderne, Chapitre 13

La science profane mène à l’avènement de la technique et de la machine et il est facile de le constater de nos jours. L’industrie utilise la machine pour produire plus de biens et ainsi pouvoir faire plus de profit. De nouvelles techniques sont constamment inventées pour améliorer la productivité de ces machines. Nous sommes devenus les esclaves de cette productivité, donc de la machine, puisque notre système économique en dépend, c’est une roue qui tourne sans cesse.

À partir de la science sacrée des sociétés traditionnelles qui permettait une « élévation intérieure » nous sommes passés à une science profane qui est basée exclusivement sur la raison et le monde matériel, mais la raison seule ne peut mener à une élévation, la science le permettant ne pouvant pas se transmettre seulement par les mots et doit, par conséquent, utiliser autre chose que la raison c’est-à-dire l’intellect et l’intuition et ceci pourra seulement s’accomplir par un travail constant et intérieur, non un travail extérieur qui est dans ce cas essentiellement accompli par la raison.

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