Un éclaircissement sur le matérialisme

Il nous semble que le matérialisme est fort incompris par nos contemporains. En effet, si nous affirmons que les modernes sont matérialistes beaucoup nous répondront qu’il y a de plus en plus de gens qui sont conscients de ce fait et pratique un style de vie que nous qualifions parfois par la « simplicité volontaire »; or ceci signifie seulement qu’une personne pratique un mode de vie plus « économe » et est simplement une manière d’aborder le matérialisme.

Cet état d’esprit, c’est celui qui consiste à donner plus ou moins consciemment la prépondérance aux choses de l’ordre matériel et aux préoccupations qui s’y rapportent, que ces préoccupations gardent encore une certaine apparence spéculative ou qu’elles soient purement pratiques; et on ne peut contester sérieusement que ce soit bien là la mentalité de l’immense majorité de nos contemporains. ~ René Guénon, La crise du monde moderne Chapitre VII

Une personne peut donc pratiquer la simplicité volontaire tout en accordant la prépondérance aux choses de l’ordre matériel, nous pouvons même soupçonner cette personne d’utiliser ce fait de moindre importance pour renforcer son ego. Avons-nous besoin de préciser que nous ne sommes pas contre le fait de moins consommer? Précisons seulement que le fait de ne pas être un consommateur d’un produit quelconque ne fait pas de nous un ascète, le problème ne se situe donc pas à ce niveau.

Si l’on veut se convaincre encore davantage de cette vérité, on n’a qu’à voir le rôle immense que jouent aujourd’hui, dans l’existence des peuples comme dans celle des individus, les éléments d’ordre économique : industrie, commerce, finance, il semble qu’il n’y ait que cela qui compte… ~ René Guénon, La crise du monde moderne Chapitre VII

Une remarque tout à fait juste et nous n’avons qu’à jeter un simple coup d’œil à nos élections pour nous en convaincre. L’effort des candidats est en très grande majorité porté sur les enjeux économiques et ceci n’est en fait que le reflet des préoccupations de nos contemporains.

Il en est ainsi parce que nous vivons dans une société où la classe bourgeoise s’impose en modèle de réussite. En effet, lorsque nous disons que quelqu’un réussit bien dans la vie c’est généralement parce qu’il possède « beaucoup de belles choses » et nous considérons l’effort au travail comme étant une des plus grandes qualités qu’un homme puisse posséder puisqu’il permettrait d’acquérir ces choses. Il en résulte des inégalités d’ordre matérielles et certains diront que si nous vivions dans une société plus juste tout le monde aurait droit aux mêmes privilèges et il serait beaucoup plus aisé pour tous de subvenir à ses besoins. Encore ici nous devons répéter que le problème se situe à un autre niveau.

Rien n’est plus évident que le capitalisme est aussi subversif que le Marxisme. La vision de la vie matérialiste sur laquelle ces deux systèmes sont basés est identique; leurs idéaux sont qualitativement identiques, incluant la prémisse selon laquelle le centre du monde est constitué de la technologie, la production, la productivité et la consommation. Et aussi longtemps que nous croirons que le progrès humain réel est déterminé par un système particulier de distribution des biens et richesses, et que, de manière générale, le progrès humain peut être mesuré par le degré de richesse ou d’indigence – nous resterons très loin de l’essentiel, même si de nouvelles théories, au-delà du Marxisme et du capitalisme, étaient formulées. ~ Julius Evola, Men Among the Ruins Chapter VI (Traduction libre)

Nous sommes loin de l’essentiel en effet, notre société gravite autour d’un système matérialiste soit à gauche par le marxisme ou à droite par le capitalisme. Une révolution prolétarienne dont la résultante serait un meilleur partage des ressources ne changerait donc rien à ce niveau. Notons qu’il nous apparaît fort peu probable qu’un tel résultat se produise, ceci étant attribuable aux forces mises en marche par un tel phénomène, nous en reparlerons peut-être dans un autre article. Signalons également qu’un meilleur partage ne signifie pas que nous mettrions fin au problème de surexploitation de ces ressources.

Il est donc évident qu’une révolution de la sorte ne peut pas nous sortir de ce cercle matérialiste et même si un changement de nos habitudes de consommation est quelque chose de souhaitable, il nous faut regarder bien au-delà pour trouver une solution. Ce qu’il nous faut est une vision organique de notre société, comme c’était le cas dans les sociétés traditionnelles, ainsi qu’un changement de nos valeurs individuelles, l’honneur et la vertu étant, par exemple, supérieurs au pragmatisme et au libéralisme.

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